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Au temps du confinement, Lionel "prenait l'air" avec sa femme enceinte et son petit garçon: "5 voitures de police ont débarqué au milieu des champs"

CORONAVIRUS

Environ 100.000 PV ont été dressés par la police lors de contrôles liés au non-respect des mesures prises dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Lionel en a reçu un et ne comprend toujours pas quelle règle il a enfreint. Le 24 mars, il ignorait qu'on ne pouvait pas prendre sa voiture pour aller se promener, surtout avec une femme enceinte et un enfant de 2 ans et en habitant un logement sans terrasse ni jardin.

Le coronavirus en Belgique a forcé les autorités à imposer, dans l'urgence et parfois la précipitation, un confinement dès la mi-mars. Cette situation inédite a été la source d'un cafouillage permanent: les détails pratiques des mesures ont  été communiqués et affinés jour après jour, semaine après semaine. Et quand les citoyens ont enfin fini par comprendre, les mesures ont évolué…

Vous êtes donc nombreux à avoir contacté la rédaction de RTL INFO via notre bouton orange Alertez-nous, pour nous signaler votre incompréhension face aux amendes reçues. On pense notamment à Cyril, qui était assis sur un banc.

Une promenade dans un champ "pour prendre l'air"

Lionel a connu récemment la même mésaventure. "C'était au début du confinement, le 24 mars". Notre témoin déclare habiter dans le centre de Marcinelle, "dans un appartement sans terrasse, sans jardin", avec "mon épouse qui est enceinte et un enfant de 2 ans".

Agent de sécurité, Lionel, 34 ans, "asthmatique donc à risque", était déjà en chômage temporaire. "Il y avait beaucoup de soleil, et on est dans les toits, donc il fait vite très chaud". La famille voulait logiquement "sortir prendre l'air". Mais comme elle habite un quartier animé, elle décide de quitter Marcinelle, raconte-t-il.

Lionel emmène sa famille en voiture. "On a été près de l'Abbaye d'Aulne, c'est à 12 km de chez nous". D'après Lionel, le 24 mars "il n'y avait pas encore de règle très précise sur les choses qu'on pouvait faire ou pas. J'avais été voir sur les articles de loi, et il était indiqué qu'on pouvait aller se promener":


 Extrait de l'Arrêté ministériel du 18 mars 2020

L'interdiction de prendre sa voiture pour aller se promener n'était pas formellement transcrite dans un texte de loi. Il s'agit de ces nombreux cas particuliers, non prévus par le Conseil National de Sécurité (le 24 mars, justement, la police donnait quelques précisions sur RTL). Et il a fallu du temps pour que ça rentre: le 30 mars, sur BEL RTL, un inspecteur devait encore clarifier les choses...

"4 ou 5 voitures de police" interviennent

Notre témoin avait néanmoins fait attention à l'endroit, "car je n'avais surtout pas envie de prendre de risque, vu ma santé, ma femme qui est enceinte et mon petit garçon". Il choisit donc "un coin perdu, une petite route à travers les champs, il n'y avait personne".

Et là, surprise, après une demi-heure de marche, "une voiture de police arrive et contrôle notre identité. Pendant ce temps-là, quatre autres voitures arrivent". Une vision assez surréaliste, explique Lionel, "car on était vraiment au milieu des champs".

La police se contente de dire à la famille: "Vous vous expliquerez devant le juge". Lionel est très étonné et ne comprend toujours pas pourquoi il ne pouvait pas se trouver là.

250€ d'amende: il ne l'a pas encore payée…

Contrôlé le 24 mars, ce n'est que le 7 mai que notre témoin a reçu un courrier du parquet du procureur du roi de Charleroi. "C'est une perception immédiate de 250€, et si je ne paie pas, il est indiqué que le procureur du roi estime qu'il y a assez de charges pour me poursuivre en justice". Comme dans d'autres courriers que nous avons pu consulter, l'explication du délit est assez vague: Corona/COVID-19 (infractions mentionnées dans les arrêtés ministériels).

"Je n'ai pas encore payé. J'ai envoyé un email à l'adresse qui est jointe sur le papier". Il y explique que les règles n'étaient pas encore précisées à cette date-là. Mais Lionel n'a pas encore reçu de réponse. "J'ai téléphoné peu après pour voir s'ils avaient bien reçu mon message. Ils m'ont confirmé qu'ils l'avaient bien reçu. Une dame m'a dit qu'il fallait attendre que le magistrat réponde".

Depuis lors, on n'est plus du tout sorti, on s'est fait livrer les courses

Pour l'instant, Lionel espère donc une issue favorable. Sa conclusion ? "Ces amendes ne sont qu'une manière de remplir les caisses de l'Etat, de récupérer l'argent qu'il a perdu, et c'est encore pour la tête du citoyen, comme d'habitude". De plus, cette expérience l'a refroidi. "Depuis lors, on n'est plus du tout sorti, on s'est fait livrer les courses. Avec une femme enceinte et un enfant de 2 ans, c'était chaud, parfois".

Plus de 100.000 PV dressés

Lionel fait partie des 100.000 personnes qui ont reçu un PV pour avoir enfreint les règles liées à l'épidémie de coronavirus.

75% des personnes verbalisées ont reçu (ou recevront) une proposition de transaction pénale d'un montant de 250 euros pour les participants à un rassemblement et 750 euros pour l'organisateur. Parmi les 25% restants, certains ont été cités à comparaître devant le tribunal correctionnel car d'autres infractions ont été constatées.

Ces 100.000 PV concernent toutes les infractions, y compris les règles de fermeture de certains commerces, le non-respect des distanciations sociales, etc. La police a modifié sa manière de contrôler depuis quelques jours, et les PV ont largement diminué. 

 

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