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"J'ai des bouffées de chaleurs": Jessica, aide-ménagère, a du mal à respirer avec son masque en travaillant

(c) RTL INFO
 
CORONAVIRUS
 

Bien que son activité ait été fortement réduite, le secteur des titres et services n'a officiellement jamais fermé ses portes depuis le début de la crise Covid-19. En mai, le secteur a repris des couleurs et peu à peu les travailleurs ont repris leurs clients. Jessica, une habitante de la province de Namur, est aide-ménagère. Cette reprise rime avec port du masque. Une recommandation de son employeur qui lui complique la tâche.

"J'avais l'impression de manquer d'air. Porter le masque pendant 8 heures consécutives, ce n'est pas facile du tout !" Jessica (prénom d'emprunt) a 25 ans et est aide-ménagère. Cette jeune maman nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous. Elle souhaite attirer l'attention sur un aspect qu'elle juge complexe: le port du masque pendant qu'elle effectue ses tâches ménagères chez les particuliers.

"J'ai profité avec mon petit bout"

Le secteur des titres services était à l'arrêt à 90% au début de la crise, avant de "reprendre" depuis début mai une activité plus importante: 75% des activités du secteur seraient de retour. A l'arrêt du 19 mars au 4 mai, Jessica a décidé de reprendre le travail comme de nombreuses aide-ménagères. "J'étais au chômage temporaire. Je gagne 1400 euros en temps normal" pour 34 heures de travail, raconte-t-elle. Durant la crise, les indemnités liées au chômage sont descendues à 912 euros pour un mois. "On a reçu un message indiquant que ma société de titres et services rouvrait le 4 mai et qu'il y avait des clients chez qui se rendre." Elle n'était pas obligée mais la pression financière l'a motivée à reprendre. Durant les 6 semaines d'arrêt forcé, Jessica est restée confinée. "Ça n'a pas été dur. J'ai profité avec mon petit bout", raconte la jeune maman. "J'ai fait mon ménage chez moi aussi".

Comme automatiquement, toutes les personnes sont confinées. On n'a pas le choix que de mettre le masque toute la journée

Depuis la reprise du travail chez ses 8 clients hebdomadaire, Jessica se dit contrariée par certaines mesures vivement conseillées par son employeur. "Ma société nous demande de mettre le masque chez les particuliers" ou tout du moins quand ils sont dans la même pièce. "Mais comme automatiquement, toutes les personnes sont confinées. On n'a pas le choix que de mettre le masque toute la journée", raconte-t-elle. Jessica s'appuie sur un exemple récent: "Hier, j'ai fait 4h le matin et 4h l'après-midi. J'étais avec le masque toute la journée. C'est impossible. Au bout d'un moment, j'ai des bouffées de chaleurs, des migraines, etc."

Elle dit en avoir fait part à son employeur: "Ils m'ont dit que quand le client n'était pas dans la pièce, je pouvais passer mon nez par-dessus le masque." Jessica dit que son employeur lui a fourni masques, gels hydroalcoolique, gants et qu'il est également à l'écoute et soucieux du bien-être des aide-ménagères. Raison pour laquelle elle ne lui jette pas la pierre. Elle veut juste mettre en lumière cette difficulté liée à sa fonction. 

Pas d'obligation de port ni du masque, ni des gants dans le secteur car le principe de base pour reprendre l'activité est celui du respect de la distanciation sociale

La distanciation sociale reste d'application

Alors que le métier d'aide-ménagères exige une proximité avec les clients, les autorités du pays n'ont jamais imposé le port du masque aux aide-ménagères depuis le début la crise. Libre aux employeurs d'édicter ses propres règles en la matière. Seules les règles communes à tous (distanciation sociale, nettoyage des mains, …) restent d'usage. Federgon, la fédération des employeurs qui représente entre autres le secteur des titres-services, rappelle via Arnaud Le Grelle, président pour la Wallonie et Bruxelles "qu'il n'y a pas d'obligation de port ni du masque, ni des gants dans le secteur car le principe de base pour reprendre l'activité est celui du respect de la distanciation sociale. Si ce principe ne peut pas être appliqué, il ne peut pas y avoir de prestation."

Arnaud Le Grelle ajoute: "Dans la pratique, on voit que des entreprises vont aller au-delà des recommandations du fédéral bien que ce ne soit pas obligatoire. Elles vont octroyer des protections et équipement supplémentaires pour rassurer à la fois l'aide-ménagère et le client."

Un port du masque sous conditions

Comme celle de Jessica, de nombreuses agences de titres et services conseille vivement le port du masque. C'est le cas notamment de TS-BXL une agence de titres et services en région bruxelloise. "On a fourni des masques à toutes nos aide-ménagères, ainsi que des gants. On demande aux clients de ne pas être dans la même pièce que nos employées mais aussi de respecter une distance sociale maximale." Quant à la difficulté de produire le travail avec masque, l'agence estime à "30%" le nombre d'aide-ménagères qui s'en sont plaints. "C'est logique. Travailler avec un masque, ce n'est pas facile. C'est chaud, c'est dérangeant", reconnait volontiers l'agence.

Même son de cloche dans une autre agence du secteur: "Domestic Services" situé à Stockel. Là aussi des masques ont été distribués à chacune des employées. "On ne leur impose pas de travailler avec sans arrêt. Si elles travaillent dans des maisons où les clients ne sont pas là, elles ne doivent pas le porter. En revanche, si le client est dans la même pièce, il faut qu'elles travaillent avec son masque", explique une responsable de l'agence. Cette dernière dit avoir fourni une charte de 7 pages à ses clients leur demandant en retour qu'ils s'engagent à respecter des consignes pour éviter la propagation du virus. "On a demandé aux clients de ne pas rester dans la même pièce que les aide-ménagères et de bien aérer toutes les pièces de la maison. Pour l'instant, ça se passe très bien."

Des clients compréhensifs

Sur la difficulté de porter le masque, la responsable de l'agence dit avoir reçu quelques messages de ses employées mentionnant que "ce n'était pas gai, pas facile, pas drôle." Et de mettre en perspective: "Ce ne sont pas de grosses plaintes. Pour nous aussi, c'est la même chose car ce n'est gai pour personne. Même vous et moi quand on se balade dans les rues ou magasins, ce n'est pas drôle (…) Nos clients s'organisent pour ne pas leur imposer de travailler avec un masque toute la journée", fait savoir l'agence.

Aucun risque sur une longue durée

La question du port du masque est sur toutes les lèvres depuis le début de la crise liée au coronavirus. Sur le port de celui-ci sur une longue durée comme c'est le cas pour Jessica, Yves Van Laethem, infectiologue se montre rassurant. "Sur le baromètre physiologique, il n'y a aucun problème lié au port du masque: ni pour le cœur, ni pour les poumons, ni pour le corps", enseigne celui qui est également porte-parole interfédérale Covid-19. "Notre respiration est normale, elle est simplement un peu filtrée. Il faut juste fournir un petit effort alors que d'habitude on est programmé pour respirer sans masque. Cela donne une impression d'asphyxie mais ça reste une impression"

L'infectiologue distille alors un conseil assez simple: "Si c'est inconfortable, il suffit de sortir un peu. Pour les aide-ménagères d'aller sur la terrasse ou au jardin afin de respirer quelques minutes sans", avant de reprendre le travail.

 




 

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