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Ika partage des images de casseurs qui descellent des pavés à Bruxelles: "Ce n'était pas des blacks"

 
 

À l'ère des réseaux sociaux et du smartphone, les images de n'importe quel événement pleuvent. Dans le cas des actes de vandalisme survenus dimanche dernier à Bruxelles, elles ont surtout montré des "blacks". Avec le risque d'accentuer le racisme alors même que la manifestation dont ont profité les casseurs était justement dédiée à la lutte contre ce fléau. Mais Ika a partagé des images qui montrent que la violence s'exprime en noir et blanc.

Ika de Jong est amère, déçue, en colère. En dégradant et pillant des magasins dimanche à Bruxelles, une action qui n'a pas échappé aux caméras de smartphones, une poignée de délinquants a terni l'image positive de la manifestation pacifique contre le racisme qui s'était terminée deux heures plus tôt et à laquelle avait participé activement Ika. Même si elle ne faisait pas partie des organisateurs, cette "personnalité publique de la communauté" congolaise à Bruxelles avait pris la parole sur le podium, faisant reprendre à la foule, de nombreuses fois, ces mots remplis de force et de détermination : "On est plus fort que jamais".

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"J'étais la dernière sur le podium", dit Ika. Elle était donc bien placée pour observer que, la manifestation achevée, les gens ont paisiblement quitté les lieux peu à peu. "Tout était calme", poursuit Ika, Bruxelloise active dans des médias de la diaspora congolaise et sur les réseaux sociaux.

Ils ont tout bousillé en deux heures

"Tout était calme", elle le répétera souvent, comme pour bien prendre la mesure du contraste saisissant avec ce qui va se passer deux heures plus tard. Quand, notamment, la vitrine de la boutique de maroquinerie Ferragamo sera brisée par des délinquants sur le boulevard de Waterloo où se succèdent les devantures de marque de luxe qui seront plusieurs à être saccagées. Ce sont  ces destruction, filmée par des témoins, qui se sont principalement retrouvées sur les chaînes de télévision du monde entier.

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Ces images ont été, malheureusement, plus fortes que celles, pacifiques, de la manifestation et se sont imposées dans les médias, enrage Ika. "Ils ont tout bousillé en deux heures" déplore-t-elle. "Noirs, arabes, blancs, tout le monde était réuni contre le racisme et les violences policières, c'était beau à voir", se souvient-elle. Et "tout le monde portait son masque", ajoute-t-elle, insistant sur la bonne organisation de l'événement, ce que fera aussi plus tard la porte-parole de la police que nous appellerons et qui mettra notamment en avant le service des stewards mis en place par les organisateurs.

"Pas que des blacks"

En Afrique, "les aînés" n'ont assisté qu'au spectacle de la violence. Eux ne regardent que la télé, dit Ika. Et, révoltés par ce déchaînement, ils n'adressent que des reproches: "Y a que vous qui cassez" nous disent-ils, relaie Ika. Mais ce dimanche, la bêtise et l'appétit de destruction d'une fin de manifestation ne se sont pas déclinés qu'en noir. C'était en noir et blanc. Si elle veut que la population et les "aînés" ne retiennent pas de cette journée que l'épisode de violence, Ika veut aussi qu'on ne pense pas que tous les casseurs étaient des "blacks". Elle avance une preuve qu'elle a mise sur Facebook. Des images encore. Reçues de jeunes filles qui ont dégainé leur smartphones et filmé elles aussi. Dans leur objectif, des casseurs "qui n'étaient pas des blacks" en train de desceller des pavés au milieu de la place royale, sous la statue immobile du chevalier Godefroid de Bouillon, à moins de 100 mètres du barrage policier. Ces jeunes casseurs au visage soigneusement masqué agissent de manière organisée. Pendant que l'un retire les lourdes pierres cubiques, les autres l'entourent pour dissuader toute personne qui voudrait intervenir. L'opération terminée, les mains armées de ces pierres qu'ils rangent dans leur poche, ils s'en vont. Ils rappellent ces "pros" de l'affrontement contre la police qu'on a pu voir en France lors des débordements de manifestation de gilets jaunes.

Peu de temps plus tard, seront jetés avec rage vers les policiers du barrage toutes sortes de projectiles, jusqu'à un... feu tricolore de signalisation, nous renseignera Ilse Van de Keere, la porte-parole de la police locale. Celle-ci insiste aussi de son côté: non la police n'a pas arrêté que des personnes de couleur. Les forces de l'ordre n'ont pas fait de distinction et ont arrêté tout le monde pour protéger la zone neutre. Au total, 239 arrestations ont été faites ce jour-là. La porte-parole nous demande de bien préciser qu'au contraire de ce qui a pu être dit, la police n'a pas orienté la foule qui quittait la manifestation vers le barrage. Les manifestants ont été invités à quitter la place Poelaert par la rue de la Régence à partir de laquelle de nombreuses rues latérales permettaient de rejoindre les transports en commun. Mais il semble que certains aient compris qu'ils devaient aller jusqu'au bout de la rue de la Régence qui aboutissait à la place Royale au bout de laquelle se trouvait le barrage.

C'est là que des violences ont débuté. C'est là que des jeunes tout de noir vêtus ont retiré ces pavés du sol. "Ils mettaient les pavés dans leurs poches, c'était horrible à voir", sous le regard de dizaines de jeunes sans réaction sauf quelques-uns qui les exhortaient à arrêter: "C'était les blacks qui leur demandaient de ne pas le faire", affirme Ika dont on a compris le message à travers la publication de ces images : la violence n'a pas de couleur de peau.




 

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