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Le club de boxe de Philippe et Hélène mis dans les cordes par le coronavirus à Wanze: "J'ai peur du recommandé du propriétaire"

 
CORONAVIRUS
 

Philippe Timmermans, 49 ans, et sa compagne Hélène, 33 ans, sont des passionnés de boxe. Le couple a d'ailleurs créé son propre club à Wanze en province de Liège : "Nous proposons de la boxe thaï, du thaï fit fight, qui ne comprend aucune confrontation, et un programme de remise en forme pour les femmes appelé cacahouète warrior, du nom de combat de mon épouse", nous détaille Philippe, l'un des porteurs du projet.

C'est un des membres du club qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous. L'ASBL est victime de la crise du coronavirus. Le couple, qui a fondé cette structure il y a 6 ans, est aujourd'hui en prise à de gros doutes: la salle pourrait être forcée de fermer, privant 160 membres de leur activité sportive.

Des infrastructures extérieures fermées

Philippe Timmermans et son épouse ont fondé OlimpBoxe en 2014. "Nous avons commencé à Tabora, avant d'ouvrir une salle à Saint-Servais, une à Andenne et finalement de recentrer tout à Wanze, près de Huy, il y a 4 ans", raconte Philippe. Sa femme l'a accompagné dans ce projet et reste d'ailleurs, aujourd'hui encore, une boxeuse de haut niveau. "Elle devait disputer son premier combat en semi-pro au mois d'avril", confirme Philippe. C'était sans compter sur le coronavirus.

Éducateur sportif dans un centre pour personnes handicapées, Philippe a dû se résigner à fermer les portes de son complexe de boxe, l'un de ses plus grands projets de vie. Ce dernier est installé dans un bâtiment de grande taille, environ 650 mètres carrés, ce qui représente de lourdes charges. "2.350 euros par mois", nous précise-t-il d'emblée. "Nous avons une infrastructure indépendante, avec des rings, du matériel adapté. Nous avons investi plusieurs dizaines de milliers d'euros dans ce projet, c'est un bébé que nous avons porté", confie Philippe Timmermans, non sans émotion. Et pour cause. Fermé depuis le 13 mars, le club ne génère plus aucun revenu. Les rentrées dépendaient exclusivement des cours de sport, payés 7€ à l'unité par les quelque 160 membres. Cet argent permettait de couvrir les charges et offrait une vitrine à l'établissement. "Certains de nos boxeurs ont été titrés", nous déclare fièrement Philippe. Les enfants sont eux aussi les bienvenus avec des cours prévus chaque semaine dès 7 ans. Au total, toutes tranches d'âge confondues, 8 cours étaient donnés chaque semaine dans le centre.

Aujourd'hui, malgré le déconfinement et l'ouverture à certaines disciplines sportives, le complexe reste fermé. Une aberration pour Philippe Timmermans. "Nous avons 2500 mètres carrés disponibles en extérieur. Le thaï fit fight ne nécessite pas de contacts, nous pourrions facilement le pratiquer en respectant les distances de sécurité", argumente-t-il. "Les groupes pourraient être séparés de 25 ou 35 mètres. Mais comme les rassemblements sont interdits, nous devons rester fermés. Alors que nous aurions plus facile à faire respecter les distances ici que dans une file de 25 personnes devant un magasin...", déplore-t-il.

Le bourgmestre et la police de Wanze ont d'ailleurs clairement expliqué aux gérants qu'en cas d'appel, ils devraient verbaliser les personnes présentes aux entraînements extérieurs. Résultat: depuis des semaines, Philippe et Hélène doivent faire vivre ce complexe sans qu'il génère de revenus. Ce qui commence à rendre la vie bien difficile, alors qu'aucune aide financière ne leur a été octroyée.

"Je me prépare à fermer"

Le propriétaire des lieux fait preuve de générosité en suspendant les paiements, mais le couple sait pertinemment qu'il ne pourra pas faire cela éternellement. "Il est compréhensif, mais lui aussi à ses frais. Si nous devons attendre jusqu'au mois d'août ou septembre, nous aurons 12.500 euros à lui rembourser...", s'inquiète Philippe.

Pour combler ce manque financier, ces passionnés ont tenté d'obtenir l'indemnité covid proposée par la Région wallonne. Sans succès, le club étant fondé en ASBL n'entre pas dans les critères d'éligibilité. "L'état a promis d'aider les petites infrastructures sportives, mais dans les conditions pour pouvoir recevoir ces 5000€, il faut cotiser à l'INASTI (L'Institut national d'assurances sociales pour travailleurs indépendants, ndlr)", explique Philippe, aujourd'hui dépassé. "C'est illogique et discriminatoire de ne donner cette prime que sous de telles conditions", estime-t-il d'ailleurs.

J'ai peur du recommandé de mon propriétaire

Démunis, les deux boxeurs se retrouvent aujourd'hui dans une situation inédite. "Cela me torture l'esprit. Qu'est-ce que je peux faire ? Ouvrir à l'extérieur et risquer une contravention ? Je suis le règlement et je ferme dans quelques mois ?", s'interroge Philippe, qui s'attend malheureusement au pire. "Je suis préparé à une fermeture. J'ai énormément de membres qui font des démarches à gauche à droite, mais j'ai pris un coup au moral. Si les cours reprenaient demain, il y aurait de l'intérêt. Certains membres ne viendraient pas, c'est logique. Mais si j'avais des rentrées, je pourrais payer mon propriétaire petit à petit et trouver des solutions. Aujourd'hui, je ne sais rien lui donner. Cela me ferait mal, j'ai du mal à imaginer une fermeture et j'ai la niaque pour sauver l'activité. Mais j'ai peur de l'appel, du recommandé de mon propriétaire qui me dit qu'il ne peut plus attendre", nous confie-t-il.

Pour éviter une fermeture définitive, un appel a été lancé sur les réseaux sociaux. Concrètement, le club cherche des sponsors et propose à ses membres de faire un don pour sauver l'activité. La demande, lancée le 3 mai, est suivie mais encore insuffisante. "Un premier sponsor nous a versé 500€", explique Philippe. "Nous avons passé la barre des 1.000 euros réunis depuis l'appel. Nous ne pourrons jamais exiger de nos membres qu'ils participent, cela ne se fait pas", détaille-t-il ensuite.

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Déjà forcé de puiser dans ses fonds propres pour payer les charges actuelles, à côté du loyer, le couple envisage d'autres solutions pour venir en aide à leur complexe. "Nous verrons ce que l'on peut vendre pour obtenir de l'argent. Nous n'avons pas 50 solutions. L'aide de 5.000 euros nous aurait permis de voir la vie en rose. Nous avions un pied dans la tombe, là j'ai l'impression que nous sommes déjà enterrés", explique, fataliste, Philippe Timmermans.

L'option de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Un coup de pouce pourrait finalement être accordé à Philippe et Hélène. La Fédération Wallonie-Bruxelles vient en effet de débloquer 4 millions d'euros pour venir en aide aux structures sportives reconnues dans la région et victimes de la crise du coronavirus.

"Les modalités sont en cours de définition", nous explique Sandrine Lonnoy, porte-parole de Valérie Glatigny, la Ministre ses Sports en Fédération Wallonie-Bruxelles. "La philosophie n'est pas de donner de l'argent à l'ensemble des clubs (7.000 sur le territoire), mais d'aider ceux dont la viabilité est menacée aujourd'hui, y compris les ASBL", nous détaille-t-elle.

La date d'entrée en vigueur n'est pas encore connue. "Les clubs seront contactés le moment venu. Le montant fait partie du fonds d'urgence dédié à la crise du Covid-19", nous précisé Sandrine Lonnoy. Le formulaire sera publié le plus rapidement possible.

 




 

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