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Déconfinement – "Panique générale" chez les instructeurs d’AUTO-ECOLE: comment se passent les cours de conduite?

Déconfinement –
Photo Belga
 
CORONAVIRUS
 

Le déconfinement progresse dans notre pays. De plus en plus de secteurs reprennent leur activité professionnelle. C’est le cas des auto-écoles. Une reprise qui semble inquiéter de nombreux instructeurs. Dans quelles conditions se passent les cours de conduite? Quelles sont les mesures à respecter?

"Je ne suis vraiment pas rassuré", confie un instructeur d’auto-école via notre bouton orange Alertez-nous. Pour respecter sa demande d’anonymat, nous l’appellerons Paul. Ce Bruxellois exerce cette profession depuis une trentaine d’années. Mis au chômage temporaire suite aux mesures prises pour endiguer l’épidémie de coronavirus, il fait partie des nombreux travailleurs qui reprennent leur activité professionnelle comme le prévoit le plan de déconfinement. 

"Le 16 mai, mes collègues et moi-même sommes censés reprendre le travail après deux mois de confinement", indique Paul. Tous les cours de théorie et de pratique pour la conduite reprendront effectivement le 16 mai à Bruxelles. En Wallonie, la reprise a déjà commencé ce lundi 11 mai.

"Comme bouillon de culture, on ne fait pas mieux"

Les conditions de ce retour au travail l’inquiète fortement. "Vous imaginez deux personnes assises côte à côte dans une voiture durant deux heures, confinées sur un demi mètre carré. En tant que moniteur, nous devons très régulièrement intervenir au volant ou au levier de vitesse, qui sont aussi manipulés par l'élève. Comme bouillon de culture, on ne fait pas mieux", souligne Paul. "J’ai peur d’attraper le coronavirus alors que dans mon entourage il y a des personnes âgées comme mon père", ajoute le Bruxellois.

Il n’est visiblement pas le seul instructeur d’auto-école à ressentir une certaine crainte d’être contaminé par le virus. "Depuis une semaine, de nombreux instructeurs m’appellent. Il y a aussi des discussions sur des groupes sur Facebook. Et ce que l’on constate, c’est une panique générale", confirme David Barattucci, vice-président de la fédération des auto-écoles agréées.

"Par exemple, certains disent que les masques ne sont pas tous efficaces. D’autres ont peur que le virus se propage directement dans l’air. Or, il se trouve dans les gouttelettes qui tombent et pas dans l’air. C’est pour cela que l’on demande aux moniteurs de laisser la fenêtre légèrement entrouverte et de mettre le chauffage en circulation d’air extérieur", indique le vice-président.

Des consignes précises dans un document officiel

En Wallonie, le gouvernement a élaboré un document précisant toutes les conditions à respecter par le secteur lors de la reprise. "A Bruxelles, nous appliquerons les mêmes consignes de sécurité que celles en Wallonie", précise David Barattucci.

Un désinfectant pour les mains est notamment obligatoire dans chaque véhicule. Les candidats doivent se laver les mains avant et après chaque formation ainsi qu’avant de monter dans le véhicule et après en être sorti. Les instructeurs et les examinateurs doivent suivre les mêmes mesures d’hygiène.

Il y aussi des règles à respecter au niveau de la désinfection et de l’utilisation du matériel. Le port du masque est obligatoire pour l’élève et pour le personnel de l’auto-école lors des contacts avec la clientèle. L’élève est tenu de manipuler le véhicule uniquement avec ses propres gants. Le véhicule doit être désinfecté entre chaque cours.

Des consignes plus précises existent pour chaque cas de figure (cours et examens théoriques/pratiques).

Il y a des centaines d’heures à replacer et cela prend énormément de temps pour nos employés

Les rencontres physiques sont également réduites au maximum. Si vous voulez avoir des informations ou prendre des rendez-vous, n’allez pas dans une auto-école ou un centre d’examen. Les contacts se font uniquement par téléphone ou par internet. "Les bureaux fonctionnent à guichets fermés. Les élèves ne doivent donc pas se rendre sur place", confirme le vice-président de la fédération qui demande toutefois de privilégier les contacts virtuels.

"Envoyez plutôt un email avec toutes les informations nécessaires: coordonnées, demande et disponibilités. Il est important de signaler aux élèves d’éviter de téléphoner eux-mêmes. Il y a des centaines d’heures à replacer et cela prend énormément de temps pour nos employés. Ce sont eux qui les recontacteront par téléphone. C’est une façon de désengorger les lignes téléphoniques qui risquent d’être saturées", anticipe David Barattucci.

"Pour les paiements, il faudra les effectuer en ligne puisque les bureaux sont fermés. Ceux qui ont déjà payés seront évidemment prioritaires", ajoute-t-il.

Une hausse probable du prix des cours

Selon lui, chaque auto-école doit se fournir en matériel de protection (masques, gel désinfectant, etc.) pour le distribuer à son personnel. Un coût non-négligeable qui risque de se répercuter sur les prix des cours.

"Ces produits sont de plus en plus chers et ils sont vite écoulés. Avant la crise sanitaire, on payait 1 euro pour un gel hydroalcoolique et maintenant il faut parfois payer 6-7 euros. Même chose pour les masques", regrette David Barattucci. "Pour l’instant, les prix des cours ne changent pas, mais on va évaluer l’impact financier de ces produits et je pense que nous serons alors obligés d’augmenter le prix des cours. J’estime une hausse entre 2 et 4 euros par heure de cours. Une décision sera prise d’ici une semaine", estime-t-il.

"Le risque zéro, c'est impossible"

Le but de toutes ces mesures est évidemment de réduire les risques de contamination et de rassurer le personnel. Mais les craintes persistent. "J’ai eu mon employeur au téléphone, il a prévu des masques, du plexi et le nettoyage du véhicule. Il fait son maximum. Mais je reste inquiet", confie Paul.

"Le risque zéro, c’est impossible. De notre côté, on essaie de le contrôler au maximum. Mais des instructeurs se sentent visiblement en insécurité et ne veulent pas reprendre le travail. Certains me disent par exemple qu’ils vivent avec leurs grands-parents et ne veulent pas prendre des risques. D’autres n’ont pas de solution pour garder leurs enfants. Certains ont aussi des allergies, c’est l’époque, et du coup ils se grattent le nez et éternuent. Ils pensent que ces symptômes vont stresser les élèves et préfèrent ne pas venir. Il y a donc une multitude de problèmes et nous essayons de les pallier", assure le vice-président de la fédération. 

"Ils se retrouvent le couteau sur la gorge financièrement"

"Le problème fondamental est que beaucoup de travailleurs en auto-école sont indépendants et ils se retrouvent le couteau sur la gorge financièrement", souligne Paul.

Certains se retrouvent ainsi tirailler entre leurs peurs et leurs contraintes financières. "Je comprends les obligations économiques de mon employeur", confie le Bruxellois qui a un statut d'employé après avoir été indépendant.

"Les indépendants qui ne reprennent pas le travail ne percevront pas leur salaire. C’est une situation qui peut être compliquée pour certains", confirme David Barattucci. Selon lui, un manque de personnel ne posera en tout cas pas de problèmes immédiats pour les auto-écoles. "Il ne faut pas se leurrer. Si on avait 100 élèves par semaine avant la crise, il y en aura plus que 40-50 aujourd’hui. Il n’y aura de toute façon pas de travail pour tout le monde", évalue-t-il.

"On recommence seulement à fixer le planning dans les régions. Je pense qu’on atteindra 50% du nombre habituel d’élèves le 18 ou le 20 mai ou même un peu plus tard. Et je ne pense pas qu’on retrouvera un rythme normal avant fin juin. Sans compter la possibilité d’une deuxième vague évidemment", prévoit le vice-président. 

Plus de demandes pour les cours de moto et de poids lourd

D’après lui, les cours de moto et de poids lourd sont par contre toujours autant demandés. "Dans un camion, de toute façon l’instructeur et l’élève sont déjà à 1m50 de distance. Pour la moto, l’élève a ses gants et son masque. En plus, le moniteur communique avec une radio. Donc, il n’y a aucun souci".

"Notre planning est déjà bien rempli, on a des demandes", affirme pour sa part Paul qui a décidé malgré tout de reprendre le travail. "J’aurais aimé que la reprise soit prévue pour notre secteur début juin. Cela nous aurait permis de voir s’il y a une deuxième vague ou pas", regrette l’instructeur.  

 




 

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