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"On ne peut pas s'en sortir, c'est impossible": Laetitia, aide-ménagère, a perçu 626 euros en mars à cause du coronavirus

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CORONAVIRUS
 

Au mois de mars, le salaire de Laetitia est de 626 euros. Cette aide-ménagère de la province de Liège perçoit d'habitude un salaire qui avoisine les 1110 euros. Cette diminution de 50% s’explique par un secteur des titres-services qui tourne au ralenti à cause du confinement pour limiter la propagation du coronavirus. Les plateformes d'économies collaboratives (titres-services) n'ont pas d'obligation de fermer mais nombre d'entre elles l'ont décidé dans le but de protéger aides-ménagères et clients. Résultat, les aides-ménagères se retrouvent au chômage temporaire.

"Moi et toutes mes collègues sommes dépitées, choquées du montant reçu" se confie Laetitia, aide-ménagère en province de Liège, via le bouton orange Alertez-nous. Cette trentenaire a perçu à la fin du mois de mars un salaire raboté lié à la crise du coronavirus en Belgique: 626 euros. Ce montant - qu'elle juge insuffisant – est composé d'une partie liée à ses prestations et d'une autre partie sous forme d'une allocation de chômage. Explications: du 1er au 18 mars, Laetitia a travaillé comme à l'accoutumée chez ses clients. Ensuite, à partir du 18 mars, au lendemain de la promulgation du confinement par le gouvernement liée à la crise sanitaire du coronavirus, elle s'est retrouvée au chômage temporaire.

Comment voulez-vous que je fasse avec cela?

Résultat, son salaire pour les 18 premiers jours est de 380 euros auxquels s'ajoutent ses indemnités de chômage temporaire de 246 euros, soit un total de 626 euros. "Comment voulez-vous que je fasse avec cela?", s'insurge Laetitia qui perçoit d'habitude 1100 euros, soit près du double. "On ne peut pas s'en sortir, c'est impossible", dit-elle.

Laetitia, 31 ans, n'a pas d'enfants. Elle est en ménage avec un père de 4 enfants. "J'ai un 25 heures semaine. Je tourne à 6 ou 7 clients. On a dû arrêter du jour au lendemain. J'ai un loyer, une voiture. Je fais comment?"


Fin d'activités malgré la possibilité

Le 17 mars, le gouvernement fédéral décide de fermer toute une série de secteurs non essentiels à la suite de la crise du Covid 19. Les activités des aides-ménagères, elles, ne sont pas concernées par ces mesures. Mais face à la menace que représente le déplacement de milliers d'aides-ménagères à travers le pays, beaucoup d'entreprises de titres-services décident d'elles-mêmes de suspendre leurs activités. Selon les estimations, 95% du secteur est ainsi à l'arrêt. Laetitia en fait partie. Voilà, comme elle se retrouve en chômage temporaire. "Ce n'était ma décision d'arrêter, mais je comprends. Ils (les employeurs) doivent nous protéger et les clients aussi."

Urgence sanitaire selon les organisations syndicales

La décision du gouvernement fédéral de ne pas mettre les activités des aides-ménagère (titres-services) à l'arrêt a provoqué dans la foulée une réaction du front syndical commun. La FGTB, la CSC et la CGSLB ont appelé le gouvernement à fermer le secteur des titres-services en raison de la crise du coronavirus et des risques encourus par ces travailleurs.  Environ 140.000 travailleuses sont actives dans les titres-services, qui comptent sur plus d'un million d'utilisateurs, dont un quart dans la tranche des plus de 65 ans, situent les organisations syndicales. "Le risque sanitaire est réel. Ajoutons à cela le fait que de plus en plus de clients sont chez eux, en raison du télétravail ou pour garder leurs enfants et on comprend vite l'urgence."

C'est incohérent et absurde d'autoriser les entreprises à envoyer les aides-ménagères aux domiciles des clients quand on connait le risque potentiel

Benjamin Wéry est permanent syndical à la centrale générale FGTB de Liège-Huy-Waremme, le groupe syndical d'affiliation de Laetitia. "On trouve cela scandaleux que le secteur soit non-fermé. Ce serait du bon sens par rapport à l'ensemble des consignes qui sont données à la population en termes de confinement. On nous interdit de nous rendre chez les uns et les autres. C'est incohérent et absurde d'autoriser les entreprises à envoyer les aides-ménagères aux domiciles des clients quand on connait le risque potentiel." Il poursuit: "Quand on sait que les aides-ménagères peuvent faire 8 à 12 domiciles par semaine. Comment voulez-vous qu'elles ne soient pas un vecteur de propagation du virus? C'est un danger à la fois pour leur santé à elles, pour leurs familles mais aussi pour les clients."

Des salaires généralement déjà très bas

En attendant, comme Laetitia la grande majorité des aides-ménagères ne perçoivent qu'une partie de leur revenu: 70% de leur salaire brut et un complément de 5,6 euros par jour. L'allocation est soumise à un précompte professionnel de 26,75%. "De nombreuses entreprises déclarent maintenant du chômage temporaire économique ou pour force majeure. Même si celui-ci est passé de 65 à 70% du salaire brut plafonné, c'est loin d'être une solution tenable pour les aides-ménagères, qui perçoivent un salaire très bas et ont généralement très peu de réserves", analysent la FGTB, la CSC et la CGSLB.

Les différents gouvernements régionaux doivent par ailleurs garantir le salaire des travailleurs avec les budgets régionaux destinés à ce secteur, estiment les syndicats. "Il s'agit de fonds que le gouvernement aurait de toute façon versés pour les salaires des travailleurs." Benjamin Wéry: "En tant qu'organisation syndicale, on réclame une solution qui permettent autant que possible le maintien des salaires pour les aides-ménagères durant cette période." Une exonération des cotisations patronales pour les entreprise titres-services est entre autres sollicitées par la FGTB.

Le gouvernement a récemment justifié la non-fermeture du secteur par le rôle social important des aides-ménagères auprès des clients

Changement de position pour Federgon

Dans un premier temps, Federgon, la fédération des employeurs qui représente entre autres le secteur des titres-services, s'était ralliée à l'appel des syndicats. Federgon jugeait que la poursuite des activités des aides-ménagères représentait un réel risque sanitaire. Depuis, la fédération patronale s'est distanciée des positions du front syndical. Arnaud Le Grelle est le directeur Federgon pour la Wallonie et Bruxelles. Il explique ce revirement: "Il a été demandé aux gens d'être confinés mais aussi de travailler dans la mesure du possible". Dans un premier temps, le gouvernement a manqué de clarté selon Federgon. Une position depuis clarifiée: "Le gouvernement a récemment justifié la non-fermeture du secteur par le rôle social important des aides-ménagères auprès des clients. Elles sont le dernier rempart pour bon nombres de personnes."

Exemple, les personnes âgées isolées. "Sans leur aide, elles devraient sans doute joindre un hôpital. Ce n'est certainement pas le bon moment. Mais aussi les ménages qui travaillent dans le milieu hospitalier et qui ont doublement besoin d'être accompagnés dans leurs besoins de tâches ménagères", fait savoir Arnaud Le Grelle. 

Des travailleuses contraintes de reprendre le travail pour survivre?

Pour rappel, la grande majorité des aides-ménagères qui sont actuellement au chômage temporaire ont reçu une partie de leur salaire de mars. Pour le mois d'avril, le pire est à craindre puisque l'entièreté de leur revenu devrait être composé uniquement d'indemnités de chômage. "Si la crise sanitaire se prolonge sur l'ensemble du mois d'avril, et comme on ne peut pas demander à ces travailleuses de reprendre le travail normalement, on sera face à une catastrophe sociale", juge Benjamin Wéry (FGTB). "Il faut éviter que se soient les travailleuses elles-mêmes - car elles n'ont pas le choix financièrement - se sentent contraintes de reprendre le travail au péril de leur santé. On veut vraiment l'éviter."

Laetitia dit vouloir sonner l'alarme surtout pour le mère isolée qui se retrouve avec un très faible revenu avec des enfants à charge. 

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