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Ahmed, bloqué au Maroc, peut être rapatrié en Belgique mais sans sa femme: "A 85 ans, malade, c'est impossible de voyager seul"

Ahmed, bloqué au Maroc, peut être rapatrié en Belgique mais sans sa femme:
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CORONAVIRUS
 

Le coronavirus en Belgique a entraîné la paralysie du trafic aérien. Conséquence: des milliers de Belges étaient ou sont encore bloqués à l'étranger, en attente de rapatriement qui ne sont pas toujours évidents à organiser. Surtout pour les cas particuliers, comme celui des Belgo-Marocains, qui possèdent la nationalité belge et marocaine. Pour quitter le Maroc où ils étaient en séjour temporaire, c'est très compliqué. Une solution a été trouvée, mais elle ne contente pas tout le monde. Deux vols sont prévus, ces vendredi et samedi 1er et 2 mai.

Près de 3.000 kilomètres les séparent désormais de leurs proches. Des milliers de Belgo-Marocains sont encore bloqués au Maroc en raison de la crise du coronavirus. Contrairement aux Belges n'ayant pas la double nationalité, ils sont aussi Marocains, et donc "dans leur pays" en cette période de confinement. Les Affaires étrangères en Belgique ont du négocier durant quelques semaines pour trouver une solution avec le Maroc, et un compromis a été trouvé: il faut une bonne raison, social ou sanitaire, pour pouvoir rejoindre la Belgique. 

Via le bouton orange Alertez-nous, des messages de détresse nous parviennent par dizaines, car il y a bien entendu de nombreux cas compliqués. Asma, une Liégeoise, décrit une situation très stressante. "Mon papa est bloqué là-bas depuis plus d'un mois. Son vol a été annulé. Au début, on s'était dit que c'était normal et qu'il fallait attendre. Mais là, ça commence à être long", nous explique la jeune femme. Pour son père Abdelhakim, impossible d'honorer son travail au sein de Bruxelles Propreté. "Jusque là, son employeur lui a dit qu'il comprenait. Mais si ça dure, mon père a peur de perdre son emploi", conclut la jeune femme. Sur Facebook, des groupes (dont celui-ci et celui-là) rassemblent des dizaines de témoignages du même genre. 

Nous avons également recueilli, plus en détail, l'histoire d'Imane qui, depuis Bruxelles, tente d'aider ses parents depuis plusieurs semaines. 

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Son père de 85 ans est malade

Pour Imane, l'attente est insurmontable. Ses parents, Ahmed et Sodia ont quitté la Belgique le 9 mars dernier. Direction: Tanger. Un séjour pour rendre visite au frère d’Ahmed, atteint d’un cancer. Âgé de 85 ans et malade, Ahmed, belgo-marocain, a choisi de réaliser ce voyage aux côtés de sa femme. Son aide lui est indispensable. Leur retour était prévu le 19 mars mais la crise du coronavirus a chamboulé tous leurs plans. "On ne pensait pas que ça durerait aussi longtemps", nous souffle Imane. 

Depuis, la Bruxelloise se démène pour faire rapatrier ses parents. Sur place, tout est compliqué. Une attestation de déplacement est nécessaire et seuls les déplacements pour les courses alimentaires sont autorisés. "Ça, on le comprend. Partout dans le monde, les gens sont confinés. Mais mon papa est malade alors ce n’est pas évident", nous explique Imane. Rapidement, la jeune femme a réalisé toutes les démarches imposées par le gouvernement belge pour espérer un rapatriement. Elle a notamment obtenu un certificat médical du cardiologue de son père, attestant de ses problèmes de santé. "Suivi médical recommandé", écrit le spécialiste dans son certificat.

Vous avez été retenu pour le vol de rapatriement humanitaire.

Conscientes des difficultés de rapatriement pour les milliers de ressortissants, les autorités ont établi une liste de 1.400 Belges, porteurs de la double nationalité et souhaitant rentrer en Belgique. Celle-ci a ensuite été remise aux autorités marocaines, qui exigeait une bonne raison de laisser partir ses ressortissants (il faut justifier une situation médicale ou sociale impérieuse nécessitant un retour vers la Belgique, voir plus bas).

Impossible de prendre l'avion seul vers la Belgique: il reste à Tanger

Parmi ces 1.400 Belges répondant aux critères, figure le père d'Imane, qui avait fait les démarches à sa place. Le 28 mars dernier, la trentenaire reçoit donc un mail de l’Ambassade de Belgique, basée à Rabat. On lui indique que son père figure dans la liste des personnes prioritaires dans le rapatriement. Deux jours plus tard, l’heure et les modalités lui sont précisées. Départ: le 1er mai, depuis Casablanca. "Vous avez été retenu pour le vol de rapatriement humanitaire qui aura lieu le 01/05/2020 à partir de Casablanca par SN Brussels Airlines SN1104. Ce vol, organisé par la Belgique, est soumis à l'approbation des autorités marocaines. Le prix du vol s'élève à 200 euros par personne", peut-on lire dans le courrier reçu. 

Mais pour la jeune femme, cette annonce n’est pas une bonne nouvelle. "On mentionne partout mon papa mais où est ma maman? Elle n’a pas été acceptée dans cette liste. Pourtant, mon papa ne peut pas voyager seul et je l’avais bien précisé. Il est faible et malade", s’exclame-t-elle. De plus, les modalités du voyage ne conviennent pas à la famille. "Un départ à Casablanca? Mais mes parents sont à Tanger. A 85 ans, les voyages en navettes, c’est compliqué", déplore Imane. Dans le cadre de ce rapatriement, des navettes ont été affrétées par les autorités. 3 départs en bus sont prévus depuis Tanger, Casablanca et Rabat afin de se rendre à l'aéroport.

Pour se déplacer à l'intérieur du Maroc, à cause du confinement, il faut une attestation, qui doit être imprimée, remplie et tamponnée par les autorités locales avant d’envisager le rapatriement. "Donc en plein confinement, on nous demande d’imprimer une attestation et de trouver une personne compétente pour nous la tamponner", s’offusque la Bruxelloise.

Malgré ses relances à l'Ambassade de Belgique, seul son père Ahmed est autorisé à embarquer. Résultat: la famille a décidé qu'il resterait à Tanger. Quitte à compromettre son approvisionnement en médicaments. "Impossible qu'il voyage seul !", s'exclame Imane. Avant d'ajouter: "Il est bientôt à cours de médicaments pour son cœur, je ne sais pas comment on va faire". 

Les Affaires étrangères précisent la situation: 1400 demandes acceptées sur 4500

Très occupé depuis deux mois, le SPF (Service Public Fédéral) Affaires étrangères a tout de même répondu à nos questions sur le cas des Belgo-marocains. Il précise d'abord les chiffres. "L’ambassade de Belgique à Rabat a été approchée par environ 4500 personnes dont 3400 Belges qui souhaitent être rapatriés en Belgique pour des raisons humanitaires", explique Arnaud Gaspart, porte-parole. 

Comme on l'a dit, toutes les demandes n'ont pas été acceptées par le Maroc. "Après négociations, les autorités marocaines ont accepté de prendre en considération, en vue d’un rapatriement vers la Belgique, les Belges en séjour temporaire au Maroc, résidant en Belgique, et présentant un document justificatif probant d’une condition médicale ou sociale impérieuse. Impérieuse, ça veut dire, par exemple, un certificat médical pour des gens ayant une forme de diabète très aiguë qui nécessite des médicaments qui ne seraient pas disponibles là-bas. Cela peut aussi être une attestation pour ceux qui risquent de perdre leur emploi, ou pour des familles séparées entre les deux pays". 

Environ 1400 Belges ont répondu à cette condition, précisent les Affaires étrangères. "Nous avons soumis leurs noms aux autorités marocaines le 24 avril pour approbation. Et sur la base d’une première vague d’approbations par le Maroc, deux vols partiront de Casablanca pour Bruxelles, vendredi 1er mai et samedi 2 mais. D’autres vols suivront, mais on attend à la fois de nouvelles approbations, et un nombre suffisant de passagers pour passer des contrats avec des compagnies aériennes. Les gens seront alors prévenus, une fois que les listes sont transmises à l'ambassade, que les navettes de bus sont mises en place, etc".

Des déplacements compliqués à mettre à en place

Ces bus, insiste le porte-parole, n'ont pas été simples à prévoir. "L'action de l'ambassade belge du Maroc ne se limite pas simplement à l'approbation des vols. On a également permis à nos compatriotes de rejoindre Casablanca en bus, or il y avait des restrictions sérieuses concernant les déplacements, car au Maroc il y a un confinement encore plus strict que chez nous. Il y a donc eu pas mal de démarches logistiques, notamment l'obtention de nombreuses autorisations pour les différentes régions qui doivent être traversées". 

Les Affaires étrangères reconnaissent que la situation reste compliquée pour de nombreuses personnes. "Mais on n'a jamais fait aucune différence entre les Nationaux et les Bi-nationaux. On a été très ouvert, par exemple, vis-à-vis des couples qu'on ne peut pas séparer". Donc en théorie, les parents d'Imane auraient du pouvoir voyager ensemble. Mais il peut toujours y avoir des problèmes administratifs, des couacs, entre l'envoi du ou des formulaires et les réponses... "On comprend le désarroi de nombreux compatriotes qui ont dû attendre, qui se retrouvent dans des situations peu claires". Cependant, "en matière de droit international, la règle qui s'applique, c'est que pour le Maroc, une personne qui se retrouve sur le territoire marocain et qui est Marocain (même s'il est également Belge), doit respecter les lois du Maroc, y compris celles qui concernent l'interdiction de voyage". 

Cette liste est-elle définitive ? "Oui, effectivement, pour l'instant, c'est cette liste-là qui prévaut, sur la base des conditions acceptées par le Maroc. 1400 Belges répondaient à ces conditions. L'opération (de rapatriement) a commencé, et on est bien content de pouvoir ramener encore plus de Belges du Maroc à partir de demain (car il y a déjà une première vague en mars)". 

 




 

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