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"Ma femme et moi n'avons plus qu'un seul salaire": l'angoissante situation d'Arnaud qui tient un centre de loisirs à Ath

(c) RTL INFO
 
CORONAVIRUS
 

Le coronavirus en Belgique concerne aussi le sport. Arnaud gère un centre avec des terrains de padel (nouveau sport en vogue, proche du tennis) désormais vides.

Arnaud, 32 ans, est le créateur et gérant de la "Casa des Géants", un centre de loisirs à Ath qui comprend une plaine de jeux en intérieur, un bar et surtout deux terrains de padel. "Nous étions la première structure dédiée au padel en Wallonie", assume-t-il fièrement. Ce sport qui gagne en popularité mêle subtilement tennis et le squash. "Nous avons ouvert en 2016. Le padel en était à ses prémices en Belgique", se souvient Arnaud qui adore ce sport. "L'approche est moins technique que dans d'autres sports. Une fois que l'on connaît les règles, on vous donne les raquettes et vous vous amusez tout de suite", explique-t-il.

Seul pour développer son activité, Arnaud a vu les choses en grand. Il dispose aujourd'hui d'un espace qui frôle les 1000 mètres carrés, comprenant deux terrains extérieurs, une plaine de jeux intérieure et un bar. Une ambition qui a un coût: "6.000 euros par mois", révèle le trentenaire qui déclare ne pas encore pouvoir vivre totalement de son activité. "On gagne notre petite croûte, mais je n'ai pas de salaire fixe, par exemple. Selon les mois, je me verse entre 600 et 1000 euros. Parfois je ne me verse rien", raconte Arnaud. La situation s'est corsée avec la fermeture de l'établissement provoquée par le confinement ordonnée mi-mars pour limiter la propagation de l'épidémie de covid-19. "La dernière soirée avant le lockdown, des joueurs sont encore venus jouer et boire un verre, sans faire de fête ou quoi que ce soit", se rappelle Arnaud. Puis, le grand silence. Et plus aucun revenu. Depuis plus d'un mois désormais. Au fil des semaines, l'inquiétude grandit : "La saison du padel s'étale surtout de mars à octobre, la fenêtre optimale d'utilisation est donc de 6 mois. La location des terrains fait un carton entre juillet et septembre, mais nous avons besoin des mois de mars et avril", soupire

Les interclubs de padel qui devaient se jouer ce mois-ci et ont été annulés. Quant aux demandes d'abonnements prévues à cette période, "c'est calme...", observe Arnaud, tracassé. Outre les terrains vides, la fermeture du bar laisse un important manque à gagner. "Nous avons annulé 15 ou 20 anniversaires" dit le gérant qui voit s'ajouter un autre problème : "Certains aimeraient récupérer leurs acomptes, ce que je comprends. Mais je n'ai aucun moyen de les rembourser, l'argent n'est plus là, j'ai dû payer mes charges. On leur doit un service, j'espère qu'ils accepteront de décaler l'anniversaire à l'année prochaine."

L'argent ne rentre plus. Mais celui des charges, lui, doit continuer à sortir. "Je n'ai pas encore payer mon loyer du mois d'avril et dans 10 jours, je devrai déjà payer celui de mai. Il va me falloir mes primes pour assumer cela", expose Arnaud qui attend toujours, comme bien d'autres indépendants et patrons de PME (50.000 dossiers introduits), la prime d'aide de la région wallonne de 5000 euros dont les premiers versements devaient commencer en ce début de semaine. "Elle me permettra de payer un loyer", résume l'entrepreneur qui a aussi lancé les démarches pour suspendre ses crédits. Les clubs et centres sportifs ne font pas partie des secteurs pouvant bénéficier de la prime, ce qui révolte plus d'un gérant (voir notre article sur le gérant d'une école de tennis à La Hulpe). Mais l'activité d'Arnaud n'est, heureusement pour lui, pas considérée comme exclusivement sportive. En plus de cette indemnité régionale, le trentenaire compte aussi sur le revenu de remplacement ("droit passerelle") accordé aux indépendants par le gouvernement fédéral ainsi qu'à une suspension du paiement de crédit.

En attendant, la famille d'Arnaud, qui vient tout juste de s'agrandir avec l'arrivée d'une petite fille "née il y a une semaine", vit actuellement sur le seul salaire de sa compagne qui est enseignante : "Nous avons la chance d'avoir tout de même un peu d'argent qui entre", se console le jeune père qui veut rester positif et voir un bon côté du confinement, celui de profiter de sa famille : "Égoïstement, rien que nous, ça change du rythme donc on a un peu de temps pour profiter des enfants."

"Rendez-nous le padel"

Arnaud reste toutefois angoissé avec en plus une aigreur et une incompréhension de ne même pas pouvoir rouvrir au moins partiellement. S'il comprend aisément que la plaine de jeux reste fermée, de même que son bar, il demande de pouvoir à nouveau exploiter ses terrains de padel. "C'est une activité extérieure, où l'on peut facilement garder ses distances", estime-t-il. "Les gens sont nombreux dans la rue, à courir, en vélo, les chemins sont bondés. Jouer au padel n'est pas plus risqué que d'aller faire ses courses. On respecte largement le ratio d'une personne pour 10 mètres carrés", avance-t-il.

Pour lui, la situation évoluant, les citoyens ont d'ailleurs mieux compris les règles à respecter. Preuve en est le comportement de ses joueurs. "Nous n'avons pas eu à refuser d'appels, puisque tout le monde a compris qu'il ne fallait même pas essayer de venir", argumente-t-il. "Les gens ont compris les mesures. Si vraiment, on veut à nouveau offrir une certaine liberté, alors ouvrons ces terrains. Les gens savent prendre leur responsabilité".

Pour lui, les sports collectifs sont les seuls qui ne doivent pas encore être autorisés. "Dans le padel, la propagation est contrôlable", estime Arnaud. "Le padel n'est pas un sport à risque", se défend ensuite le gérant.

Arnaud craint une fermeture trop longue. Son club compte à peu de chose près 100 affiliés et de nombreux joueurs occasionnels. Une réouverture partielle "permettra d'assurer la pérennité de l'activité, ce sera une belle bulle d'oxygène", assure-t-il. "Dans le cas contraire, il va me falloir une solution pour couvrir mes 6.000 euros de frais fixes. Je ne sais pas combien de temps je tiendrai. Je n'ai pas le matelas financier d'une entreprise qui est née il y a 10 ans. Je ne gagnerai pas d'argent tant que toutes les activités du centre ne seront pas rouvertes. Je ne sais pas faire pousser de l'argent...", avertit-il pour terminer. 

Plaines de jeux et écoles

Arnaud comprend par contre aisément que l'on ne rouvre pas encore sa plaine de jeux, ni son bar. Mais selon lui, le conseil national de sécurité de ce vendredi sera particulièrement intéressant à suivre.

"Il faut une cohérence dans les décisions", estime Arnaud. "Si les écoles ouvrent, alors nous devrions pouvoir ouvrir notre plaine de jeux intérieure. Ce sont les mêmes enfants, ils se côtoient déjà. Ce serait plus logique de faire cela comme ça", détaille-t-il.

Mais à ce stade, aucune information ne circule sur cette potentielle réouverture. Arnaud vit donc au jour le jour, avec une certaine boule au ventre. "Nous vivrons au rythme des rappels financiers. Si tout le monde est compréhensif et attend un peu, ça devrait aller", explique-t-il. "En haute saison, je travaille 80 heures par semaine. Je serais déçu de ne pas pouvoir rouvrir mon établissement à cette période", s'inquiète-t-il enfin.

L'investissement d'une vie est en train de sombrer dans le doute en raison d'un virus. Un coup dur qu'Arnaud espère encaisser avec le moins de dégâts possibles.

 




 

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