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OnlyFans et MYM: ces plateformes où modèles, stars de téléréalité et influenceurs vendent leurs photos de nu

Pourquoi des stars d’Instagram se dénudent-elles sur OnlyFans et MYM?
 
 

De plus en plus d’influenceurs se dévoilent complètement sur un nouveau type de plateformes dont les plus connues sont OnlyFans et MYM. Les personnalités sont directement payées pour poster des photos et vidéos, souvent dans le plus simple appareil. La pratique est légale mais elle pose une série de questions.

"Il y a de plus en plus de filles qui se font rémunérer pour leurs photos et vidéos intimes, via OnlyFans et MYM": ce message est parvenu à notre rédaction via le bouton orange Alertez-nous. Derrière ces mots, il y a une femme qui s’interroge sur des pratiques qu’elle a découvertes par hasard : "La boîte email de mon compagnon était ouverte. Le premier mail annonçait le message d’une femme sur MYM". Elle a été sur internet et découvert que MYM est une plateforme où des personnalités proposent des contenus exclusifs (souvent des photos dénudées) via des abonnements payants. "Pour avoir de plus en plus d’abonnés, ces personnes vendent des photos, parfois des sextapes en privé. Où est la limite ?", s’interroge l’alerteuse. 

Comment fonctionnent ces services ? Qui sont les créateurs de contenu et que recherchent-ils ? Nous avons interrogé plusieurs utilisateurs et observateurs pour tenter de comprendre ce "nouveau" phénomène.

OnlyFans et MYM, qu’est-ce que c’est?

Il s’agit de services de contenu par abonnement. Concrètement, des personnalités proposent des photos et des vidéos à leurs "fans". Ceux-ci payent un montant mensuel ou annuel pour les regarder. Une fois abonné, le fan peut aussi aller plus loin en interagissant avec le créateur de contenu et en lui faisant des demandes, privées et personnalisées, d'images à un prix librement fixé entre eux. Ces images peuvent être des photos ou vidéos affichant de la nudité ou des scènes pornographiques.

"Ce qui est intéressant c’est que pour y accéder, il faut payer. Les personnes qui s’abonnent sont attirées par mon travail, découvert sur Instagram et Facebook, et veulent voir plus de photos personnelles", raconte Eleonor (pseudo), jeune Namuroise de 23 ans et modèle photo qui a un compte sur les deux plateformes depuis un an.

"Au début, j’étais fermé à l’idée de m’y inscrire. J’avais peur pour mon image, peur que les photos ne sortent. Mais je me suis lancée et ça a plu tout de suite, ça a pris instantanément. Depuis, je ne fais que ça", raconte Clément Castelli, bientôt 27 ans, qui, après avoir participé à plusieurs émissions de téléréalité, notamment Les Marseillais South Africa, a ouvert sa page OnlyFans il y a un an et demi.


Capture d'écran OnlyFans



OnlyFans, fondé à Londres, existe depuis 2016. Le site héberge les contenus d’un large éventail de créateurs qui vont de stars de la téléréalité à des influenceurs en passant par des professionnels de l'industrie du porno ou encore des experts en conditionnement physique. Utilisé dans de nombreux pays par 500.000 créateurs de contenu, OnlyFans déclare compter 40 millions de fans enregistrés (ce qui ne veut pas encore dire que ces personnes ont souscrit à des abonnements). Le site n’a pas pu nous donner le nombre exact de créateurs de contenu basés en Belgique mais il dit constater une hausse des ouvertures de comptes de personnalités en Europe. Avec le confinement, la plateforme aurait connu une forte croissance de son nombre d’abonnés : 75% d’inscriptions supplémentaires en mars et en avril, annonce OnlyFans.


MYM, pour Meet Your Model ("Rencontre ton mannequin"), est français. Lancé l'an passé, le site se concentre sur les modèles photos. 50.000 personnalités (comme Clara Morgane, ancienne actrice de film pornographique et désormais active dans les médias) y ont un compte, d’après les données publiées sur la page.

Ce n’est pas un réseau social, c’est un service

Ces deux sites proposent une simulation pour estimer les revenus possibles en fonction de sa popularité. Celle-ci est estimée à partir du nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux de partage d'images comme Instagram. A titre d’exemple, MYM considère que si vous avez 10.000 followers (abonnés), vous pourriez gagner entre 900 et 4.500 euros par mois. Si vous en avez 50.000, vous pourriez toucher entre 4.500 et 22.500 euros par mois et ainsi de suite.


Capture d'écran MYM

Des abonnements entre 5 et 25 euros/mois

La promesse est en quelque sorte de parvenir à monétiser directement son corps. Les abonnements aux personnalités tournent autour de 5 à 25 euros par mois. Dans le cas d’OnlyFans, les créateurs touchent 80% du prix des abonnements et autres (pourboires, demandes privées), tandis que la plateforme conserve 20% de ces revenus. Chez MYM, la commission est comprise entre 10 et 25 % du prix payé par l’abonné en fonction du produit. Et il y a également des frais bancaires.

Eleonor empoche quelques centaines d'euros par mois, pas tout à fait de quoi en vivre. "OnlyFans et MYM sont un petit boost à ma passion pour la photo. Un moyen d’avoir le beurre et l’argent du beurre en quelque sorte", raconte la jeune femme qui est étudiante mais évite de mêler ces deux vies : "Mes amis proches sont au courant, mes camarades de classe pas forcément."

"Ce n’est pas un réseau social, c’est un service", souligne Laura Calabrese, professeur de communication et spécialiste des médias numériques à l’Université libre de Bruxelles. Elle poursuit : "C’est un business model qui est différent de ce qu’on connaît habituellement sur le web. Sur la toile, tout est soit gratuit, soit ‘freemium’ donc gratuit en partie et payant pour la version plus avancée, soit on paye sans le savoir (par exemple en temps de cerveau disponible). Alors qu’ici les gens sont prêts à payer directement."

Plusieurs gardes-fous sur ces plateformes

Une première précision s’impose : la vente d'images personnelles aussi suggestives soient-elles, est totalement légale, pour autant que les modèles soient majeurs et consentants. Et l’achat doit se faire dans le cadre d’un usage privé, souligne Alain Luypaert, chef du service Recherche Internet de la Direction de la lutte contre la criminalité organisée de la police fédérale. Ces nouvelles plateformes sont connues des forces de l’ordre qui expliquent n’avoir reçu à ce jour aucune plainte, même si le risque d’y retrouver des contenus illicites, pédopornographiques par exemple, existe comme pour tous les nouveaux sites qui gagnent en importance.

Il y a des balises de sécurité mises en place sur les deux plateformes. L’âge minimal pour s’y inscrire est de 18 ans et est vérifié par une copie de carte d’identité et plusieurs informations personnelles, des données contrôlées manuellement par le personnel dédié de ces sociétés. Les personnalités s’engagent à respecter un code de bonne conduite et notamment à ne pas partager de contenus contraires à la loi. MYM dispose en outre d’une équipe de modérateurs et d’un système de traçage pour éviter le vol d’images.

Ces procédures apportent une certaine sécurité, particulièrement pour les professionnels du monde des films pour adultes. Thomas est le manager de Stéphanie, une jeune actrice du milieu qui dispose également de comptes sur ces plateformes et il est de cet avis: "Il y a un aspect plus sûr pour les filles, ça facilite clairement le travail".


Capture d'écran OnlyFans

Mon corps, mon entreprise ? 

La faculté d’être un peu son propre patron est un attrait mis en avant par les créateurs de contenu interrogés. "C’est cool d’être son propre boss", estime Adriana (pseudo) de Namur, modèle photo de 28 ans, inscrite sur MYM depuis quelques mois. Une de ses connaissances lui avait parlé de cette plateforme pour vendre ses photos directement, afin que cela soit plus rentable. A l’heure actuelle, elle compte environ 180 fans. Un chiffre qui varie d’une semaine à l’autre et qu’elle souhaite voir augmenter. Sport, alimentation saine, elle travaille son corps. Son objectif : décrocher un contrat photo professionnel, par exemple pour de la lingerie.

"Il faut travailler son corps, il faut être mince, avoir des formes mais pas un gros ventre, parce que ça ne passe pas. Ce sont des femmes et des hommes qui correspondent parfaitement à un certain idéal de beauté, hormis quelques-uns qui se la jouent un peu original (la modèle XXL ou autres)", observe Laura Calabrese. Gérer son corps comme une entreprise peut donner un certain sentiment d'autonomie."Est-ce vraiment agir de manière libre avec son corps? A court terme, oui mais je vends mon corps en fonction des attentes spécifiques de ce public et je vais devenir dépendant de ses attentes. C'est une autre forme d'aliénation en quelque sorte", note Olivier Klein, professeur de psychologie sociale et culturelle à l'ULB.

L’abonnement, comme un "like" payant peut aussi amener une forme de pression sur les épaules de la personnalité, invitée à en montrer de plus en plus dans le but de garder ses fans. "Les gens sont là exclusivement pour toi, il faut leur donner du contenu, il faut être présent. Il faut satisfaire leurs demandes, parce qu’ils ont payé, donc j’estime qu’ils ont droit à un service", pense Clément Castelli. Il en va de sa popularité sur la plateforme : "Si tu n’arrives pas à satisfaire leur demande, ils se désabonnent et tu peux perdre énormément de fans." Le maintien des abonnés réclame "un travail quotidien" pour cet ancien participant de téléréalité : "Je peux passer toute la journée sur mon téléphone à produire du contenu et à répondre à tout le monde personnellement. Mais je trouve que cela me rapproche de mes fans et au final tout le monde y trouve son compte". L’influenceur affirme s’épanouir dans ce qu’il considère comme un nouveau métier : "Je fais maintenant des choses que je ne pensais pas du tout pouvoir faire avant, comme me dénuder".

Ce ne sont pas des fans, ce sont des clients

Sous pression?

Dans ce contexte, les personnalités se mettent-elles des limites ? "Il m’arrive de refuser des demandes, quand ça va trop loin", confie Clément Castelli. Même expérience pour Adriana : "Parfois, il y a des personnes qui exagèrent un peu. Il faut garder son sang-froid, les remettre à leur place, leur expliquer : ‘je ne suis pas escort, je ne fais pas dans la prostitution’. Et après, ils comprennent…".

"Je pense que si je m’étais inscrite sur ces plateformes au tout début, quand j’ai commencé la photo, cela aurait pu m’arriver (d'aller au-delà de mes limites), parce que je n’aurais pas eu assez d’assurance et j’aurais voulu absolument plaire au public. Mais aujourd’hui, cela ne me pousse pas à aller plus loin", juge pour sa part Eleonor.

L’utilisation du mot "fan" est épinglée par le professeur Laura Calabrese: "Ce ne sont pas des fans, ce sont des clients, donc ça cache un peu le jeu… On voit bien dans ces plateformes, ce qu’on voit dans d’autres, mais de manière beaucoup plus évidente, comment le curseur de l’intime s’est déplacé, comment les plateformes ont fait de l’intime une exposition permanente… Au point qu’on parle de l’Extime et ici c’est très clair".

Olivier Klein, professeur de psychologie sociale, y voit une dérive possible : "On peut arriver à une espèce de concurrence, où on va de plus en plus vers des extrêmes,  une dynamique où je vais aller chez celui ou celle qui m’en donne le plus".

Mais d'après la spécialiste des médias sociaux, ces sites relativement récents ne sont pas en tant que tels susceptibles d’amener plus de gens à se dénuder en ligne : "Tout dans la société de consommation extrême dans laquelle nous vivons pousse les gens, surtout les femmes, à montrer leurs corps". Par contre, dit-elle : "Ces plateformes peuvent faciliter certaines pratiques, et c’est comme ça pour à peu près tout le monde sur le web, y compris pour les artistes et les intellectuels qui peuvent plus facilement diffuser leur travail".


Capture d'écran OnlyFans

Ubérisation et régulation

La logique de marchandisation est également illustrée par une autre possibilité imaginée par ces sites: celle de parrainer des créateurs de contenu avec ici aussi une rémunération à la clé, les parrains peuvent percevoir entre 5 et 10% des revenus engrangés par leurs personnalités. Et cela peut parfois représenter des sommes importantes, toujours en fonction de la popularité en ligne.

"Ce qui se passe sur les plateformes dévoile aussi des logiques sociales hors ligne et ici cela montre que l’image du corps des femmes peut être vendue très facilement, celle des hommes aussi mais un peu moins", dit Laura Calabrese.  Pour éviter d'éventuels abus, la spécialiste des médias sociaux prône la régulation : "On a l’impression que comme c’est du numérique, on ne doit pas réglementer, alors que ces entreprises prennent de plus en plus de place".

Quelle est la relation entre les créateurs de contenu, les parrains et ces sites ? Un peu comme pour les chauffeurs de la plateforme Uber, il n’y a pas de contrat de travail. Les rapports sont régis par des conditions d’utilisation. Récemment, OnlyFans a annoncé un changement qui limite les revenus des parrains. Cette modification unilatérale et sans concertation a provoqué pas mal de réactions négatives de ces derniers. De quoi rappeler aussi le statut précaire de ce nouveau business.




 

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