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"Ils sont fous ces Gaulois": rentrée d'un confinement passé à Prague, Michèle est choquée par "l'insouciance" belge

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CORONAVIRUS
 

À son retour de la capitale tchèque, une Bruxelloise de 68 ans a été frappée par le comportement de Belges en pleine épidémie de coronavirus. Elle nous fait part de son ressenti et ses craintes depuis qu'elle a regagné son pays.

"Je rentre d’un confinement à Prague. Je vais faire mes courses au Carrefour complètement terrifiée. Pas de masque obligatoire, pas de gants pour prendre les fruits et légumes. Ils sont fous ces Gaulois !", s'écrie Michèle via notre bouton orange Alertez-nous. 

A 68 ans, Michèle ne mâche pas ses mots. Après trois mois de confinement passé en Tchéquie, elle s'étonne de la situation en Belgique. En quelques jours, elle a observé, impuissante, à des comportements qu'elle estime irresponsables. "Peut-être que c'est de l'insouciance", nous confie-t-elle. 

Depuis plusieurs années, Michèle oscille entre la Belgique et la Tchéquie. Durant une majeure partie de l'année, elle quitte son appartement bruxellois pour gagner Prague où elle y retrouve une partie de sa famille. Il y a une quarantaine d'années, son frère qui œuvrait dans l'immobilier en Belgique tombe sous le charme de cette capitale d'Europe centrale. "Il a survolé la ville et en est tombé amoureux. Après cela, il s'y est installé", nous explique la Bruxelloise. Un sentiment qui gagne peu à peu la famille. Car 20 ans plus tard, c'est le fils de Michèle qui décide de prendre la route pour s'établir à son tour dans la capitale tchèque. 

10 mars: fermeture des écoles 

C'est donc tout naturellement, que début 2020, Michèle prend sa voiture pour rejoindre celle que l'on appelle communément la Ville dorée. Son fils étant parti en voyage, elle ne retrouve sur place que son frère et sa belle-sœur. Les mois passent et l'heure du départ sonne pour Michèle. Mais l'épidémie du coronavirus l'a contrainte à revoir ses intentions. "Je comptais rentrer début mars quand la crise a commencé. Je me suis retrouvée bloquée. Heureusement, j'étais en famille", nous explique-t-elle. 

Le 10 mars, la République tchèque annonce la fermeture de ses écoles. "Il vaut mieux être proactif plutôt que de se mettre à traiter le problème plus tard, ou même trop tard comme c'est le cas en Italie", avait alors déclaré le Premier ministre tchèque Andrej Babis.

Sur place, Michèle loge dans la maison de son frère, aux côtés de sa belle-sœur. Ils ont la chance de se retrouver confinée "dans un grand espace et avec un jardin". Toute la famille respecte scrupuleusement les règles barrière. "On a décidé de ne pas s'embrasser ni de se prendre dans les bras. Nous sommes pourtant très proches mais on ne voulait pas provoquer la maladie. On a tous un âge certain donc on fait attention", nous explique Michèle. Lorsqu'elle sort, elle découvre une population "totalement masquée". "Au début, tout le monde n'avait pas de masque donc les gens sortaient avec une écharpe. Mais personne ne se promenait sans rien", nous assure-t-elle. 

J'avais franchement honte de mon pays

Confinée à plus de 900 kilomètres de Bruxelles, Michèle garde un œil sur la situation en Belgique. Elle peine à croire ce qu'il se passe dans son pays natal. "Depuis Prague, je lisais les nouvelles et franchement, on a vécu ça comme une blague. Entre l'histoire des masques, les écoles restées ouvertes, les images montrant des gens qui se promènent sans masque... J'avais franchement honte de mon pays. C'était ridicule. J'avais même peur pour mes copines restées en Belgique", s'exclame-t-elle. 

Pour Michèle, la surprise ne s'arrête pas là. Le 31 mai dernier, après plusieurs heures de route, elle regagne enfin la Belgique. A quelques mètres de son appartement bruxellois, elle fait ses premières constatations. "J'ai vu plusieurs personnes qui attendaient sans masque. Elles n'en avaient même pas un en main", lâche Michèle.

Le lendemain, alors qu'elle se ravitaille dans un supermarché, ébahie, elle assiste à une scène qu'elle nous décrit: "J'aperçois un monsieur qui prend des fruits et légumes, se rend jusqu'à la fenêtre du magasin pour les montrer à sa femme qui se trouve dehors. Elle lui fait signe et il va ensuite reposer ceux qu'elle ne choisit pas"? Elle s'exclame: "Et je vois des personnes sans masque, quand je leur demande pourquoi, l'une me répond qu'elle a oublié et l'autre qu'elle pense être allergique au masque". 

Pour Michèle, c'en est trop. "A quoi ça sert de faire la file dehors à 1m50 de distance si les gens ne respectent pas les règles à l'intérieur ?!", s'écrie-t-elle. 

Un départ imminent

Face à cela, la sexagénaire a décidé de limiter au maximum ses sorties. Désormais, elle limite ses expéditions au supermarché et se contente de son jardin pour s'aérer. "Je vais me contenter de peu pour ne pas prendre des risques inutiles", nous avoue-t-elle. D'autant plus que ses jours passés à Bruxelles sont désormais comptés. Michèle a choisi de s'installer définitivement en Tchéquie auprès des siens. La crise du coronavirus a-t-elle précipité son départ? "J'y pense depuis deux ans. Je me sais pas si l'épidémie influencé mon choix, je me le demande. Mais en tout cas, je n'ai plus envie de subir tout ça", souffle-t-elle. 

Peu sereine et loin de ses proches, Michèle passe désormais son temps dans les cartons. "J'ai 68 années de vie à emballer. Je suis réjouie", sourit-elle.

La République tchèque a enregistré 9.500 cas de coronavirus et 325 morts du Covid-19 pour 10,7 millions d'habitants. C'est beaucoup moins que la Belgique qui, pour une population à peine plus importante, a enregistré plus de 9.000 décès.

Le 1er juin, le gouvernement avait annoncé qu'il rouvrirait le 15 juin ses frontières avec les pays "sûrs", ses voisins mais aussi la Suisse, la Finlande et les pays baltes. A partir de cette date, les Tchèques seront également autorisés à voyager, y compris vers des pays beaucoup plus touchés par le virus, mais où celui-ci est en nette régression, comme notamment la Belgique, la France, l'Italie, l'Espagne.

En revanche, les personnes venant de ces pays devront avoir un certificat de test négatif au virus. Et les Tchèques revenant de Grande-Bretagne ou de Suède, où le virus ne semble pas encore sous contrôle, devront également fournir un certificat de non-contamination.

 




 

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