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"Faut-il être aveugle?": le RDV de Corine chez l'ophtalmo, pris il y a un an, a été reporté à cause du coronavirus

© Image d'illustration - Pixabay
 
CORONAVIRUS
 

La crise du coronavirus a contraint les hôpitaux à reporter des milliers de rendez-vous non urgents. Depuis la mi-mai, les consultations reprennent progressivement. Pourtant, la situation n'est pas revenue encore revenue à la normale, comme l'a constaté notre témoin.

"On vient de reporter mes examens chez l'ophtamologue pris il y a un an sans nouvelle date ! 'Précaution Covid-19 m'a-t-on dit ! J'ai un glaucome et ma tension oculaire varie beaucoup. Faut-il être aveugle pour garder son rendez-vous ? Quid de la reprise des consultations qui a pourtant été confirmée dans les médias", nous écrit-elle via notre bouton orange Alertez-nous. 

Une attention particulière au suivi de sa maladie

Il y a une dizaine d’années, Corine se rend chez l’ophtalmologue pour une série de tests. "J’avais de l’humeur acqueuse dans les yeux surtout dans mon œil gauche". Mes yeux pleuraient et piquaient", nous explique-t-elle. Après un examen, le diagnostic du spécialiste tombe: elle est atteinte d’un glaucome.

Le glaucome est une maladie de l'œil qui affecte le nerf optique. Il entraîne une perte progressive du champ visuel. Si la maladie n’est pas traitée, elle peut engendrer une cécité chez le patient. 

Depuis, Corine apporte une attention particulière au suivi de sa maladie. Elle se rend ainsi une fois par an chez l’ophtalmologue afin de subir plusieurs examens. "On me fait des examens du fond de l’œil, de la rétine. Je fais aussi des exercices pour tester la réactivité de mes yeux", nous détaille-t-elle.

Si je ne fais pas de suivi, le risque est que le glaucome s’aggrave et que mon champ de vision rétrécisse

A cause d’une tension oculaire très variante et d'un glaucome, ces rendez-vous annuels sont importants pour Corine. "Si je ne fais pas de suivi, le risque est que le glaucome s’aggrave et que mon champ de vision rétrécisse", nous confie-t-elle. 

Depuis plus d’un an, la date de son prochain rendez-vous est donc inscrite dans son agenda. Celui-ci devait se tenir début juin au CHU de Charleroi, sur le site de l'hôpital Civil Marie Curie. Pour Corine, pas d’inquiétude particulière. Elle constate que les hôpitaux reprennent peu à peu leurs activités alors que la courbe de l’épidémie de coronavirus faiblit dans notre pays.

Mais le 26 mai dernier, elle reçoit un SMS de l’établissement. "On me dit que mon rendez-vous annuel est reporté et que l’on prendra vers moi pour un rendez-vous ultérieur", nous assure-t-elle. 

Une situation préoccupante pour Corine qui ignore si son rendez-vous pourra être honoré dans les prochaines semaines ou s’il faudra encore attendre plusieurs mois. "Si c’est reporté à la fin de l’année, c’est compliqué pour moi", soupire-t-elle. 

60.000 consultations reportées au CHU de Charleroi

Comment expliquer un tel report? Les soins hors Covid-19 n’ont ils pas repris? 

Plus de 60.000 consultations, toutes disciplines confondues, ont été reportées depuis la mi-mars au CHU de Charleroi suite au déclenchement du plan d’urgence hospitalier, nous indique Frédéric Dubois, directeur de la communication. Le but: limiter la propagation du virus en réduisant l'afflux de patients. 

Les rendez-vous urgents, y compris en ophtalmologie, ont été maintenus. Pour les patients qui avaient besoin de consulter un praticien, un système de communication a été mis en place via un portail web de crise et un numéro spécial centralisé.

Depuis la mi-mai, les consultations reprennent progressivement. Pour ce faire, l'établissement a entrepris d'importants aménagements tels que la construction de nouveaux desks au sein des halls d’entrée, avec des chemins spécifiques pour éviter les files et la simplification des manœuvres administratives pour réduire le temps d’attente. Le CHU a également mise en place des "conseillers sanitaires" qui rappellent les bons gestes aux patients.

Tous les rendez-vous fixés en juin sont annulés pour être reprogrammés

Sur place, les ophtalmologues sont équipés en masques et et gels hydroalcooliques. "Il n’y a jamais eu, dans notre institution, aucune pénurie. Nous avons même fabriqué en interne quelque 35.000 masques, 8.000 blouses et 1.500 casques à visière grâce à des membres du personnel qui, bénévolement, se sont retroussés les manches", insiste Frédéric Dubois. 

Le CHU de Charleroi a déprogrammé des milliers de rendez-vous pour les reprogrammer. "Tous les rendez-vous fixés en juin sont annulés pour être reprogrammés progressivement. Les patients sont prévenus par SMS puis contactés personnellement par téléphone pour une reprogrammation. Le délai d’attente dépend de divers facteurs tels que la discipline médicale et, bien entendu, le degré d’urgence" , nous précise Frédéric Dubois.

Les consultations urgentes et semi-urgentes sont donc prioritaires dans l'agenda du CHU. Comment les déterminer? Quelle que soit sa spécialité, chaque praticien se base sur un document établi par le Groupement des unions professionnelles belges de médecins spécialistes (GBL).

Comment rattraper les retards accumulés? 

Ce dernier estime qu'il est important que les médecins et les spécialistes, autorisés à nouveau à effectuer des interventions et des examens non urgents depuis lundi, puissent résorber leur retard. "Si nous le faisons pas maintenant, tant que nous le pouvons, nous risquons bientôt des listes d'attente deux fois plus longues", a déclaré le Secrétaire général, Donald Claeys.

De son côté, le CHU de Charleroi entend résorber les délais en programmant notamment des consultations en soirée et durant les weeks-ends. Cette extension des plages "est prévue, en accord avec les syndicats et selon la demande des praticiens", nous souligne le porte parole. Avant d'ajouter: "Cela permettrait de rattraper partiellement le retard de ces deux derniers mois".

Aujourd'hui, on ne peut parler de manque de personnel au sein du CHU de Charleroi, selon son porte-parole. "Mais le délai d’attente en ophtalmologie est d’un an environ (déjà avant la crise du COVID), ce qui est le cas partout en Belgique", précise Frédéric Dubois. 

Comme tous les établissements hospitaliers du pays, le CHU de Charleroi est confronté à une situation sanitaire exceptionnelle. "Il faut s’organiser en conséquence", conclut le porte-parole.

 




 

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