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Carnaval d'Alost: "Une véritable débauche antisémite"

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Le président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme (LBCA), présent dimanche au carnaval d'Alost, se dit très déçu par cette édition 2020. "Honte et gâchis, ce sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit", indique Joël Rubinfeld à l'agence Belga.

La société "De Zwiejtollekes" a ressorti dimanche les poupées représentant des juifs qui avaient suscité la controverse l'an dernier au carnaval d'Alost mais, cette fois, dans un autre contexte et associées à des caricatures visant d'autres religions au sein d'une sorte de stand de tir. Joël Rubinfeld précise avoir été désagréablement surpris de les revoir, mais aussi de voir défiler d'autres chars reprenant des caricatures antisémites.

"J'ai vu des nez crochus, et le Mur des Lamentations représenté comme construit avec des lingots d'or, le tout accompagné d'une parodie du morceau 'Hey Jude' des Beatles. C'est une véritable débauche antisémite, c'est ce que je redoutais, même si j'avais un petit espoir pour cette édition", ajoute le président de la LBCA.

"C'est une honte que l'on laisse faire ça dans notre pays au nom de la liberté d'expression. Il y a des limites. Et puis, c'est aussi un véritable gâchis car il y a des enfants, c'est une fête familiale et populaire sur laquelle travaillent bon nombre de personnes pendant un an et ces chars problématiques ne constituent que 5% de l'ensemble du cortège, mais c'est ce que l'on retient", souligne encore Joël Rubinfeld.

Pour Yohan Benizri, montrer les juifs en insectes à exterminer dépasse les limites de la liberté d'expression

L'édition 2020 du carnaval d'Alost "est catastrophique, pire que tout ce que j'ai pu craindre". Le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) s'est également exprimé et a été horrifié par le défilé. Il espère une réaction du monde politique.

"Je suis vraiment choqué par ces images de juifs caricaturés en insectes ou à côté de sacs de diamants", a réagi Yohan Benizri. "C'est une redite de l'année passée, en pire." Pour le président du CCOJB, il ne s'agit pas d'une question de liberté d'expression mais d'une question morale. "Nous sommes pour la liberté d'expression et le droit au blasphème", souligne-t-il. Mais "quel monde voulons-nous montrer à nos enfants? Des images de juifs en insectes à exterminer comme de la vermine, ou une société pluraliste? Certaines choses sont moralement répréhensibles, même si elles ne sont pas pénalement condamnables." M. Benizri, qui appelle au "dialogue et à l'ouverture du débat à tous les démocrates" pour "éviter un front opposant Alost aux juifs censeurs", espère dès lors que la classe politique réagira. "C'est comme le harcèlement scolaire. Il faut conscientiser le harceleur et, si celui-ci ne comprend pas, il est alors nécessaire d'éduquer toute la classe", conclut-il.

Alost, le "nid de l'antisémitisme" vu par le monde

Les caricatures visant les juifs au carnaval d'Alost sont "encore plus douloureuses" que celles qui avaient suscité la polémique l'an dernier, réagit ce dimanche le Forum des organisations juives. "On pouvait alors penser que l'objectif n'était pas de dénigrer, mais cela a été encore un cran plus loin cette fois", estime le porte-parole de la coupole, Hans Knoop.

Après analyse des images, le Forum est consterné. "Il est choquant qu'une fête dégénère à ce point dans un pays comme le nôtre, au coeur de l'Europe. Alost se présente à la face du monde comme un nid de l'antisémitisme. Je ne dis pas que c'est le cas, mais quiconque visionne ces images depuis l'étranger ne peut tirer d'autre conclusion", déplore M. Knoop.

Pour le Forum, l'analogie avec les représentations des années trente est inévitable. "Les juifs sont comparés à des insectes, après les rats et les souris de l'an dernier", se désole le porte-parole.

La coupole d'associations se réjouit cependant des nombreuses réactions de rejet qui sont arrivées de l'étranger. Elle espère que la société se mobilisera pour parvenir à une solution. "Ce sont les juifs qui souffrent de l'antisémitisme, mais cela ne les concerne pas uniquement. Toute la société en pâtit."




 

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