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Mort d'Adama Traoré en 2016: marche avec des militants écologistes

 
 

Quatre ans après la mort d'Adama Traoré lors d'une interpellation, une marche est prévue samedi à Beaumont-sur-Oise, co-organisée pour la première fois par ses proches et des militants écologistes, dans un contexte nouveau de mobilisations contre les violences policières et les inégalités.

La manifestation en souvenir de ce jeune homme noir, décédé le 19 juillet 2016 peu après son arrestation au terme d'une course-poursuite avec les gendarmes, découlera de l'appel, commun et inédit, du Comité Adama et Alternatiba, une des principales organisations du mouvement pour le climat.

Parce qu'ils partagent les "mêmes combats", cette "mobilisation commune" sera l’occasion "de renforcer une alliance importante pour la construction d’une écologie populaire, aux côtés des populations en première ligne des injustices et de la pollution", a affirmé dans un communiqué Élodie Nace, porte-parole d’Alternatiba.

Pour le Comité Adama, il s'agit aussi d'élargir sa base, dans le sillage des deux grands rassemblements à Paris devant le tribunal de grande instance et place de la République, les 2 et 13 juin, qui avaient drainé des milliers de manifestants.

L'affaire est revenue sur le devant de la scène médiatique suite au décès en mai, aux Etats-Unis, de George Floyd, dont l'écho a ouvert en France un nouveau chapitre de mobilisation contre les violences policières et le racisme.

"Cette année c'est un peu particulier car on est dans un tournant, il y a eu des mobilisations massives à Paris (...) Je pense qu'il y aura plus de gens extérieurs à cette cause-là, ça va être plus large", estime Youcef Brakni, membre du Comité Adama.

Le rendez-vous, dans cette petite ville du Val-d'Oise à une quarantaine de kilomètres de la capitale, a déjà agrégé les luttes, au gré du climat social. L'année passée, des gilets jaunes avaient appelé à y tenir leur "acte 36". Cette fois encore, des élus de gauche et des ONG comme la Ligue des droits de l'Homme seront présents.

Pour se rendre à Beaumont-sur-Oise, accessible en train, des départs communs en bus sont prévus depuis certaines villes comme Ivry-sur-Seine, ou Montreuil qui affiche déjà complet.

La marche, avec port du masque obligatoire, doit partir de la gare de Persan Beaumont à 13H30.

Cette quatrième édition se double aussi d'un festival avec des personnalités et artistes, dont les noms n'ont pas été dévoilés par les organisateurs.

Mais l'après-midi restera solennel, car "ce qui est au centre, c'est Adama", assure M. Brakni, conviant tous ceux "qui trouvent pas normal qu'en France, quatre ans après, une famille attend encore un procès, une justice équitable."

- Méandres judiciaires -

Sur le plan judiciaire, le dossier a depuis longtemps viré à une bataille de médecins, après une première clôture du dossier fin 2018.

Les deux autopsies et les quatre expertises missionnées par la justice ont jusqu'ici mis en avant des antécédents médicaux - notamment cardiaques et génétiques - pour expliquer ce décès, dédouanant ainsi les gendarmes, qui n'ont pas été mis en examen.

Les deux rapports successifs de quatre médecins choisis par la famille ont au contraire balayé ces conclusions et mis en cause les forces de l'ordre à qui ils reprochent un "plaquage ventral" aux conséquences mortelles, alors que les gendarmes contestent avoir utilisé cette technique.

Les juges d'instruction chargés du dossier ont ordonné récemment de nouvelles investigations: elles ont notamment confié la semaine dernière une nouvelle expertise à des médecins belges, attendue pour janvier 2021.

Autre axe d'enquête: la recherche de nouveaux témoins, après qu'une femme entendue, ayant assisté à la première interpellation du jeune homme, a laissé penser que d'autres personnes auraient pu assister à cette première arrestation.

Les juges d'instruction ont aussi ordonné de nouvelles investigations centrées sur le passé d'Adama Traoré et des gendarmes.

Jeudi, la famille a annoncé le dépôt d'une plainte au parquet de Paris pour "témoignage mensonger" contre un témoin-clé, chez qui le jeune homme s'était réfugié juste avant d'être arrêté.

Elle a en outre réitéré mi-juin sa demande d'organisation d'une reconstitution.

"Les juges, les gendarmes, n'ont pas fait une enquête impartiale, on ne peut même pas parler d'une vraie enquête: si l'enquête avait été faite correctement toutes ces investigations-là auraient dû être faites depuis le début", a réagi vendredi Assa Traoré, soeur d'Adama, sur BFMTV.




 

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