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L'appel de Joffrin: entre accueil "bienveillant" et initiative jugée "baroque"

 

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L'appel lancé lundi par Laurent Joffrin pour la "refondation d'une gauche réformiste" dépassant les partis traditionnels a reçu un accueil "bienveillant" de personnalités, mais les partis PS, EELV et LFI sont plus réservés, les Verts évoquant une démarche "baroque".

"C'est une initiative à gauche, on ne peut pas être contre", a déclaré à l'AFP Ségolène Royal, commentant cette initiative de l'ex-directeur de Libération qui quitte ses fonctions pour lancer un mouvement susceptible de rassembler socialistes, écologistes, radicaux et déçus d'Emmanuel Macron.

Son appel, "Engageons-nous", a été signé jusqu'à présent par 150 personnes dont certaines, connues, issues du monde du spectacle (Ariane Mnouchkine, Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Benjamin Biolay...) ou intellectuels (Michel Wieviorka, Alain Touraine, Hélène Cixous, Mireille Delmas-Marty...). La première réunion de travail se tiendra fin août.

"Que des intellectuels de gauche veuillent réfléchir ensemble" à la refondation de la gauche, "ça ne peut qu'être positif", estime Mme Royal.

L'ancienne candidate à la présidentielle remarque tout de même que M. Joffrin n'arrive pas "dans un désert". "Il y a beaucoup de monde qui réfléchit" à ce que pourrait être un renouveau de la gauche, assure-t-elle en mettant en avant sa propre association, "Désir d'avenir pour la planète", qui revendique environ 4.000 adhérents et se réunit très régulièrement.

Selon elle, "il doit y avoir convergences" entre toutes les démarches à gauche. Mme Royal imagine par exemple que tous ensemble, ils pourraient "demander une taxation sur les transactions financières, de quoi rembourser le plan en dix ans", alors que le projet d'un plan massif pour relancer l'économie de l'UE était lundi soir dans l'impasse. "Voilà un exemple concret de ce à quoi pourrait aboutir nos convergences", soutient-elle.

Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS de Paris, est sur la même ligne. "Toute démarche qui agite la gauche est bonne à prendre, la gauche traditionnelle étant en panne", juge-t-il.

- "Pas de plan caché" -

Mais pour que ça fonctionne, "il faudra trouver des convergences", ajoute-t-il à son tour, à la veille d'une réunion, mardi à Tours, autour de la maire de Paris Anne Hidalgo et du maire EELV de Grenoble, Eric Piolle, avec une vingtaine de maires socialistes et Verts, soucieux de "réfléchir à la façon de peser sur les enjeux électoraux à venir".

"Je ne crois pas qu'il faille voir dans la démarche de Joffrin un plan caché pour mettre en selle telle ou telle personnalité pour 2022", avance le premier adjoint parisien, allusion à ceux qui, au PS, redoutent une opération "pilotée" pour et par François Hollande pour la prochaine présidentielle.

Laurent Joffrin, proche de l'ancien président qu'il a informé de sa démarche, se défend d'ailleurs d'être la "marionnette" de qui que ce soit. De toute façon, "l'idée d'une tête d'affiche est prématurée aujourd'hui", affirme-t-il.

Un cadre fédéral du PS soutient néanmoins que "l’ombre de François Hollande aura tué dans l’œuf cette initiative", "aux vapeurs de naphtaline, bien loin de +la gauche d’après+ que le Parti socialiste travaille à faire émerger avec une nouvelle génération de socialistes".

"C'est une bonne démarche de laquelle François Hollande se tient volontairement à distance", a cependant assuré son entourage à l'AFP: "Il n'a rien demandé et n'a pas l'intention de se mettre là-dedans".

"Est-ce une opération +sous-marin+ pour quelqu'un? Je ne sais pas", lâche Julien Bayou, le patron des Verts. "Ce que je sais, c'est que Joffrin n'a pas souhaité nous associer. Et créer un nouveau mouvement pour rassembler, c'est baroque!".

Avis partagé par LFI. "C'est un peu curieux", indique ainsi le numéro deux des insoumis, Adrien Quatennens. Néanmoins, "nous observons cette initiative avec intérêt", ajoute-t-il.

Olivier Dussopt, ministre des Comptes publics et ancien député PS, y voit de son côté "une illustration de plus de la fracturation de la gauche".




 

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