En ce moment
 
 

Darmanin "s'étouffe" sur le terme "violences policières" : la famille Chouviat "scandalisée"

Darmanin
William Bourdon (d) et Arie Alimi (g) avocats de la famille de Cedric Chouviat, lors d'une conférence de presse à Paris, le 23 juin 2020BERTRAND GUAY
 
 

La famille de Cédric Chouviat, mort après avoir dit neuf fois "j'étouffe" à la suite d'une interpellation policière en janvier, s'est dite mercredi "scandalisée" et "heurtée" après que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a dit qu'il "s'étouffe" en "entendant le mot +violences policières+".

"Les mots du nouveau ministre de l'Intérieur (Gérald Darmanin), qui évidemment ne peuvent être fortuits, ont profondément scandalisé et heurté la famille de Cédric Chouviat", affirment dans un communiqué ses avocats Me William Bourdon, Arié Alimi et Vincent Brengarth.

"Chacun doit mesurer ce que disent ces propos du mépris et du cynisme du ministre de l'Intérieur pour les familles endeuillées ou meurtries par des violences policières", ajoutent-ils.

"D'évidence, le ministre de l'Intérieur n'a pas hésité par cette saillie abjecte à tenter une pathétique manoeuvre de diversion. La famille Chouviat invite le ministre à se concentrer sur l'affaire criminelle dans laquelle il est mis en cause", poursuivent les avocats, une référence à l'information judiciaire en cours visant M. Darmanin après une accusation de "viol" qu'il réfute.

Classée sans suite dans un premier temps, la procédure a été relancée par la cour d'appel de Paris qui a demandé début juin de nouvelles investigations.

"C'est une expression française utilisée communément, comprise par tous. Il n'y avait aucune arrière-pensée. Il ne s'agit en aucun cas d'un parallèle dans une affaire où des mises en examen ont été prononcées", a précisé à l'AFP l'entourage de M. Darmanin.

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a lui aussi souligné que les déclarations de M. Darmanin n'étaient "évidemment pas liées" au décès de Cédric Chouviat.

Il a aussi justifié le mot d'"ensauvagement" utilisé par le ministre de l'Intérieur pour évoquer plusieurs faits divers violents. "Il y a une montée de violence dans la société", "parfois une perte de repères et de valeurs", "à titre personnel, je considère qu'il faut avant tout se battre contre ce phénomène et le combattre plutôt que de se battre dans des batailles sémantiques", "je pense qu'il y a pas de mots tabous ni de mots magiques", a dit M. Attal en rappelant les efforts du gouvernements pour renforcer les effectifs de la police.

Le ministre de l'Intérieur a réfuté mardi, comme ses prédécesseurs, le terme de "violences policières", estimant devant la commission des lois de l'Assemblée nationale que la police exerce "une violence légitime". "Quand j'entends le mot +violences policières+, personnellement, je m'étouffe", a-t-il déclaré.

"La police exerce une violence certes mais une violence légitime. (...) Elle doit le faire de manière proportionnelle, elle doit le faire de manière encadrée. Que quelques personnes le fassent en dehors des règles déontologiques, la sanction doit être immédiate", a-t-il ajouté.

Cédric Chouviat, un père de famille de 42 ans, a eu un malaise lors d'un contrôle policier le 3 janvier près de la Tour Eiffel, à Paris, au cours duquel il a été plaqué au sol avec son casque sur la tête.

Transporté dans un état critique à l'hôpital, il est mort le 5 janvier. Un premier rapport d'autopsie avait noté chez cet homme une asphyxie avec "fracture du larynx" ainsi qu'"un état cardiovasculaire antérieur".

L'IGPN estime dans une synthèse d'enquête que l'un des policiers a pratiqué sur le livreur un "étranglement arrière" non mentionné par les agents dans leurs premières déclarations.

De nombreux responsables politiques de gauche ont également dénoncé les propos du ministre de l'Intérieur.

"Ceux qui ont étouffé des violences policières ne sont malheureusement plus là pour en parler. Terrible choix des mots pour un terrible déni coupable", a critiqué sur Twitter l'eurodéputée LFI Manon Aubry.

"Darmanin en est réduit à inventer chaque jour un nouvel excès pour offrir des gages de soumission aux syndicats policiers extrémistes sur lesquels il n'a aucune autorité et évidemment pour faire diversion par rapport à l’affaire qui le concerne. Pathétique et consternant", s'est indigné l'ancien patron d'EELV David Cormand.

"Reprendre les mots des victimes, les détourner puis les retourner contre elles. #LesMotsTuent", a réagi sur Twitter la sénatrice socialiste Laurence Rossignol.




 

Vos commentaires