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Coronavirus: faut-il reconfiner Anvers? La réponse de l'infectiologue Yves Van Laethem

 
CORONAVIRUS
 

Faut-il reconfiner Anvers? Des scientifiques estiment que la mesure devrait être prise pour freiner le rebond de l'épidémie. La province du nord du pays concentre 55% des nouveaux cas de coronavirus détectés en Belgique.

Dans le RTL INFO 19H, l'infectiologue Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral pour la crise du coronaviurs, a analysé la situation en répondant aux questions de Salima Belabbas.

Salima Belabbas : A votre avis, faut-il prendre des mesures supplémentaires à Anvers?

Yves Van Laethem : "Très clairement, Anvers est l’épicentre du problème. Le pays a un frémissement un peu partout. Il y a des problèmes plus significatifs dans quelques provinces, entre autres flamandes. Mais Anvers pose un problème particulier."

Salima Belabbas : Quel type de mesure ? Un reconfinement local ?  

Yves Van Laethem : "Je ne sais pas si on ira jusque-là, mais il est clair qu’en dehors de mesures globales, qui seront probablement prises pour le pays, de manière à maintenir ce frémissement global, des mesures particulières doivent être prises à Anvers. Iront-elles jusqu’à un reconfinement local ou dans l’accentuation des techniques de suivi des patients et de dépistage ? On le saura demain."

Salima Belabbas : Aurait-il fallu agir plus tôt ?

Yves Van Laethem : "J’ai envie de dire qu’agir un peu plus rapidement aurait été meilleur. Je pense que toute journée perdue est dommageable. Il n’est pas encore trop tard, mais cette semaine-ci, quelque chose doit changer pour avoir un revirement de la courbe."

La province d'Anvers, et la ville elle-même, sont au centre des préoccupations ces derniers jours, car elles concentrent donc une grande part des nouveaux cas de Covid-19. Selon les derniers chiffres de Sciensano, incomplets puisque les 4 derniers jours (de jeudi à dimanche) ne sont pas encore consolidés, cette semaine a vu 1.483 nouveaux cas de Covid-19 en Belgique, dont 678 rien qu'en province d'Anvers. La ville d'Anvers elle-même concentre la majorité de ces cas.

Pas de port du masque obligatoire à Anvers, mais il faudra l'avoir sur soi

La police de la ville d'Anvers imposera dès lundi à toute personne de plus de douze ans d'avoir un masque avec elle, partout et tout le temps, a annoncé dimanche le bourgmestre d'Anvers Bart De Wever (N-VA). Une obligation générale de porter le masque n'est pas à l'ordre du jour, a-t-il précisé, de sorte qu'"aucune restriction absurde ne sera imposée pour les lieux et les moments où la distanciation physique peut être parfaitement garantie". Il a invité le Conseil national de sécurité, qui se réunit lundi, à lui emboîter le pas pour pouvoir mener une politique "claire, uniforme et logique".

Selon le bourgmestre de la métropole portuaire et président de la N-VA, les exceptions à l'obligation de porter le masque sont: lorsque l'on est dans un établissement horeca pour consommer, lorsque l'on exerce une activité statique en respectant la distanciation physique et lors d'une activité qui garantit une distance suffisante par rapport aux personnes en dehors de sa propre bulle. "Croiser occasionnellement des personnes en dehors de sa propre bulle sans maintenir la distance pendant un court instant n'enlève rien au caractère continu de ce respect", a déclaré De Wever.

Trop de questions

A ses yeux, l'arrêté ministériel de vendredi qui impose le port du masque dans les rues commerçantes ou dans tout lieu public fort fréquenté, déterminés par l'autorité locale compétente, donne lieu à trop de questions. "Dans une métropole de 530.000 habitants, le cœur économique et social de la Flandre, la délimitation des rues commerçantes et des axes potentiellement fréquentés signifie que des centaines de rues seraient équipées de panneaux pour imposer l'obligation du masque", a commenté Bart De Wever. "Avec les nombreux centres de district animés, ce ne serait pas non plus logique. De plus, cela ne tiendrait pas compte des quartiers qui peuvent être fort fréquentés à des moments imprévisibles de la journée", a-t-il poursuivi. Pour lui, certaines situations peuvent affecter l'adhésion de la population à ces réglementations. C'est la raison pour laquelle il rejette une obligation générale du port du masque. M. De Wever a également dit avoir pris bonne note des avis d'experts, dont le professeur Van Ranst, selon lequel une obligation générale et inconditionnelle de porter un masque, telle qu'elle existe dans certaines municipalités, est superflue. Obliger à avoir en permanence un masque sur soi, et pouvoir en imposer le port dans tous les lieux fort fréquentés, permet pour lui d'avoir une règle proportionnelle à l'objectif sociétal: éviter que des gens ne respectent pas la distanciation physique sans porter de masque dans les lieux à risque. Cette règle tient compte du caractère changeant et parfois imprévisible des situations qui peuvent se présenter dans les rues et sur les places d'une grande ville. La règle sera appliquée après une période de sensibilisation. D'après lui, elle se prête à une application à l'échelle du pays. "La deuxième vague est non seulement arrivée plus tôt que prévu, il est aussi illusoire de croire qu'elle va rester locale. Pour cela, il est tout simplement trop tard", a-t-il conclu.

"La récré est finie": Willebroek annule les événements et impose le masque

La commune de Willebroek, en province d'Anvers, a emboîté le pas de celle, pas trop éloignée, de Malines dans sa décision de serrer la vis dans la lutte contre la propagation du coronavirus. "La récréation est finie", a commenté le bourgmestre N-VA de la commune, Eddy Bevers. "Willebroek, reste dans ta bulle."

Tous les événements, que ce soit les fêtes de quartier, les rues fermées pour permettre aux enfants de jouer, etc., vont être annulés jusque fin août, a décidé la commune. Et il sera obligatoire de porter le masque dans l'espace public, sauf si l'on est en train de faire du sport ou de rouler à vélo. Il y a eu récemment quelques (une dizaine) nouvelles contaminations au coronavirus dans cette commune d'environ 27.000 habitants. "Je constate qu'en dépit de nos efforts pour sensibiliser les habitants, il n'y a pas d'amélioration", indique le bourgmestre. "On doit donc aller un pas plus loin. Nos forces de sécurité vont augmenter les contrôles et seront stricts sur le respect des mesures".

Le bourgmestre se dit par ailleurs content de l'impulsion donnée par la gouverneure de province Cathy Berx. La cellule de crise provinciale a décidé ce week-end de limiter les contacts à dix maximum par personne dans la province. Elle encourage tous les citoyens à tenir un registre de ces contacts. "J'espère que chaque citoyen de Willebroek suivra les règles pour arrêter ensemble l'avancée du virus. Je comprends que ces nouvelles mesures soient dures pour les habitants et les associations. Nous examinons les soutiens supplémentaires que nous pouvons leur apporter", a ajouté Eddy Bevers. Une très grande part des contaminations dans la province d'Anvers, la plus touchée de tout le pays ces dernières semaines, est en réalité concentrée dans la ville d'Anvers. Mais son bourgmestre, un autre N-VA, Bart De Wever, n'a jusqu'ici pas voulu imposer de mesure supplémentaire drastique pour endiguer la propagation dans ses quartiers.

 




 

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