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"Des professeurs demandent à leurs élèves de faire les questions d'examen à leur place": comment l'Université se réinvente-t-elle au temps du coronavirus?

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Il y a quelques jours, nous vous relayions les dysfonctionnements liés à l’utilisation de TestWe, une plateforme en ligne permettant aux étudiants de l’UCLouvain de passer leurs examens. "Le stress, l’angoisse et les imprévus ont été notre lot quotidien pendant ce confinement", confiait un étudiant en kiné via le bouton orange Alertez-nous. Le blocus n’est jamais la période la plus agréable à vivre pour les étudiants et l’organisation des épreuves à distance en raison de la crise sanitaire apporte un stress supplémentaire dont ils se seraient bien passés.

"Il n'est quand même pas normal de demander à des étudiants de rédiger des questions d'examen"

Une étudiante en sciences politiques, qui s’apprête à passer un examen d’Analyse du discours médiatique à l’Université Saint-Louis à Bruxelles, nous interpelle. Elle estime que les modalités de son examen entraînent une surcharge de travail. "Certains professeurs demandent à leurs élèves de faire les questions d'examen à leur place et de corriger celles-ci une fois que d'autres élèves y auront répondu. Il n'est quand même pas normal de demander à des étudiants de rédiger des questions d'examen alors que nous sommes en blocus et censés étudier", estime-t-elle.

Pédagogie inversée

Nous avons questionné l’Université sur les modalités de cet examen. Il nous revient que l'enseignante ne les a pas "sorties de son chapeau" en dernière minute afin de s’adapter à une évaluation à distance, même si elles conviennent particulièrement bien aux circonstances. "C’est un travail collaboratif, que l’enseignante applique déjà dans toute une série de cours depuis deux ou trois ans, dans une logique de pédagogie inversée", commente Sébastien Van Drooghenbroeck, le vice-recteur à l'Enseignement de l’Université Saint-Louis.

Après avoir intégré la matière, les étudiants sont amenés à préparer deux questions sur celles-ci, qui seront retravaillées par l’enseignante et fournie aux étudiants. Dans une seconde phase, les étudiants se voient attribuer deux questions et ont une semaine pour fournir une page d’analyse, sur base des ressources du cours. "Ils ont donc le temps de réaliser ce travail à leur meilleure convenance sans le stress d'une passation en ligne à une heure précise", précise l’enseignante, qui explique que la dernière phase consiste en une évaluation par les étudiants eux-mêmes. Le professeur ayant, évidemment, la main sur la note finale.

"On a dû tous s'y mettre et il y a eu une immense expérimentation"

Dans ce contexte particulier lié à la crise sanitaire, il a fallu s’adapter, voire se réinventer. "Pour toute une série de professeurs, dont je fais partie, le basculement vers les cours en ligne, avec les visioconférences et l’enregistrement des cours, c’est quelque chose qu’on n’avait jamais fait. L'immense majorité d’entre nous étions plutôt des habitués voire des acharnés de l’enseignement en auditoire. On a dû tous s’y mettre et il y a eu une immense expérimentation", nous confie Sébastien Van Drooghenbroeck, qui enseigne le droit.

Si le vice-recteur se dit globalement satisfait, il constate qu'il y a eu quelques ajustements à faire. Il note par exemple une surestimation de la capacité d'autonomie des étudiants: "On a dû dire à certains profs, il faut essayer davantage de tenir en haleine, avec du visuel, de vraies rencontres en vidéoconférence, parce que le travail autonome n’était pas digéré à si haute dose et si rapidement". 

Des capsules vidéo plus difficiles à "digérer"

Le format des capsules vidéo a également dû être revu: "Moi-même, j’avais imaginé qu’une capsule de 40 minutes, au lieu d’une heure en auditoire, c’était parfaitement indifférent, et que ça allait être plus facile pour les étudiants. Mais en discutant avec eux, j'ai remarqué ça leur prend beaucoup plus de temps de les digérer qu’un cours à l’oral. Il m’a fallu deux semaines pour le comprendre avec les étudiants. Ils avaient enfin la possibilité d’écouter, de réécouter. Or dans un cours, il y a toute une série de répétitions, ce qui s’appelle gras du cours... Tout ce travail d’élimination habituellement lié au fait qu’on ne peut pas tout noter en auditoire".

Dans ce contexte, "les étudiants ont été précieux", confie Sébastien Van Drooghenbroeck: "On a de très bons délégués, qui ont canalisé l’information et l'ont retransmise à la communauté des étudiants. Ils ont aussi synthétisé les demandes des étudiants, et ont fait un énorme boulot pour nous aider à voir ce qui n’allait pas".

La distance complique les choses

Etonné par l'interpellation de l'étudiante en droit qui nous a contactés - les modalités de l'examen avaient été communiquées aux étudiants le 20 avril dernier déjà via la plateforme en ligne, qui prévient chaque étudiant des dernières informations liées à un cours auquel il est inscrit - le vice-recteur reconnaît qu'avec la distance, les petites incompréhensions prennent rapidement des proportions immenses. "Ce n'est plus possible de voir sur le visage d'un étudiant, à la fin d'un cours, que tout n'est pas compris. Alors que c'est souvent un petit malentendu, réglé en 10 secondes à la fin d'un cours".

"Ils ont la possibilité de tirer la sonnette d'alarme"

A l’Université Saint-Louis, la session d’examens commence officiellement le mardi 2 juin, même si quelques épreuves ont déjà débuté la semaine précédente. Tout se fera donc à distance. Avec le risque que surviennent des problèmes techniques. "Dans un examen écrit, il faut avoir confiance en son bic, sa main et sa capacité d’écrire. Ici, beaucoup de choses dépendent de la fluidité de l’examen". 

Afin de répondre dans l'urgence à d'éventuels problèmes techniques, un numéro d'appel d'urgence a été mis en place: "On a donné l’assurance à nos étudiants que s'il y a un problème technique, ils ont la possibilité de tirer une sonnette d’alarme. En appelant, ils sont mis en contact avec un technicien. On a deux informaticiens qui se relayent de 7h à 22h pour tenter de résoudre les petits soucis, et ça marche pour toute une série de choses. Ce sont nos baromètres pour voir s’il n’y a pas de problèmes structurels".

Et si ça ne fonctionne pas ? "On trouve une alternative. En décalant l'étudiant à sur un autre shift dans la journée. L’étudiant qui n’a pas réussi à se connecter ce matin, on le remet sur la vague d'évaluation suivante. Et si l'étudiant perdait sa connexion, on continuerait à l’oral, en visioconférence, et ça pourrait même se faire par téléphone".

 




 

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