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La Wallonie, région la plus lente pour verser les indemnités aux entreprises? "Cette vitesse de réaction me sidère", dénonce Laurence

La Wallonie, région la plus lente pour verser les indemnités aux entreprises?
© Image d'illustration - Pixabay
 
CORONAVIRUS
 

Le coronavirus en Belgique a contraint les différentes Régions à débloquer des enveloppes afin de venir en aide aux travailleurs dont l'activité a été soudainement stoppée. Mais du coté de la Région wallonne, le traitement et le versement de ces indemnités semblent prendre du temps. Comment l'expliquer?

Le coronavirus a contraint de nombreuses entreprises à suspendre tout ou partie de leur activité. Laurence (prénom d'emprunt dans un souci d'anonymat) travaille depuis près de 5 ans au sein d’une petite chaîne de magasins de vêtements. 

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Début janvier, la chaîne a été reprise. Au total, l'entreprise compte 22 employés. On parle donc de PME (abréviation utilisée pour parler des petites et moyennes entreprises). Dix magasins sont répartis sur l’ensemble du territoire. 8 se trouvent en Wallonie, 1 en Flandre et 1 à Bruxelles. Les mesures du Conseil national de sécurité ont contraint l' employeur de Laurence à renoncer temporairement à son commerce. 

Il reste 200 euros sur le compte de l'entreprise, c'est tout.

Responsable des finances au sein de son entreprise, c'est alors un long chemin qui commence pour cette dernière. Depuis la mi mars, la paperasse administrative rythme désormais son quotidien. Echanges de mails, remplissages de formulaires, calculs interminables… Le but: sauver l'entreprise coûte que coûte. "J'espère qu'on va s'en sortir. C'est vraiment arrivé au pire moment. Il reste 200 euros sur le compte. C'est tout", nous souffle-t-elle.

Fin mars, les 3 Régions annoncent les premières aides mises en place pour aider les entreprises lésées.

La Flandre accorde une indemnité de 4.000 euros aux indépendants et entreprises qui ont subitement dû suspendre leurs activités. A celle-ci, s’ajoute une prime journalière de 160 euros à partir du 5 avril. 

Du côté de la Région bruxelloise, on prévoit une aide de 4.000 euros pour un nombre défini de secteurs. Une prime de 2.000 euros s’ajoute pour les indépendants  dont l’activité est fortement impactée. C’est notamment le cas des coiffeurs. 

Enfin, la Wallonie annonce, dans un premier temps, une indemnité de 5.000 euros à un nombre limité de secteurs.

Cette vitesse de réaction me sidère

Des décisions qui devraient permettre à l'entreprise de Laurence de souffler un peu. Rapidement, la responsable des finances remplit les dossiers et autres formalités afin de bénéficier de ces indemnités. Le 6 avril, elle reçoit une première aide de la part de la Flandre. Le dossier a été étudié, 4.000 euros sont versés. Le 22 avril, c’est au tour de la Région bruxelloise de lui attribuer une indemnité de 4.000 euros. Mais du côté de la Région wallonne, rien à l’horizon en cette fin avril. "Cette vitesse de réaction me sidère. Je ne comprends pas ces différences de traitement entre les régions. Je ne pensais pas dire ça mais je crois que je comprends la N-VA qui nous parle de scission du pays", s'exclame Laurence. 

Le 24 avril, soit 26 jours après sa demande d’aide, Laurence reçoit un mail de la Région wallonne qui lui indique que son dossier est incomplet. Elle se doit donc de le finaliser avant d’espérer une indemnité. Mais aujourd’hui, Laurence peine à comprendre. "Que l'on doive apporter des preuves, je trouve ça normal. La société n'existant que depuis janvier, aucun bilan n'a encore été publié. Donc c'est normal qu'il faille soumettre des documents. Mais pourquoi la Région wallonne n'est-elle pas capable de demander ces renseignements juste après la demande, comme l'a fait la Région bruxelloise?", s'étonne-t-elle.

Un retard dans les paiements? Comment l'expliquer?

Comment expliquer de tels délais du côté de la Région wallonne? Pour comprendre, un petit rappel du calendrier s’impose. 

Le 18 mars, l’arrêté octroyant les indemnisations est pris. Le 27 mars, la plate-forme permettant aux entreprises de demander une aide est mise en ligne. 9 jours pour un développement optimal, un exploit si l’on en croit des explications du cabinet du vice-président de la Wallonie et ministre de l’Economie, Willy Borsus. "Il ne s’agit pas d’un simple site mais d’une plate-forme qui permet de s’enregistrer de manière authentifiée (donc sécurisée) et de faire des liens automatiques avec les données fédérales TVA, INASTI et ONSS. Ce genre d’outils prend en général plusieurs mois de développement", nous indique Pauline Bievez, porte-parole auprès du ministre. 

Une fois la plate-forme développée, les premiers dossiers sont parvenus à la Région wallonne. 20 jours plus tard, 10.315 paiements ont été effectués. Mais cela ne représente qu’une petite partie des demandeurs. Car les vérifications prennent du temps, nous précise la porte-parole. 

Comment se déroulent ces vérifications?

Au total, 77 personnes travaillent à temps plein sur le traitement de ces indemnités. "Il est vrai que pour certains dossiers, un ou plusieurs documents sont manquants. Même si nous voulons agir vite, nous ne pouvons pas prendre le risque d’accorder l’indemnité à une personne dont l’entreprise ne remplit pas les conditions", insiste la porte-parole qui pointe notamment le cas de l’Allemagne qui, après avoir indemnisé rapidement ses travailleurs, s’est rendu compte d’une "fraude massive". 

Les employés du SPW Economie sont donc chargés de vérifier si les demandeurs peuvent bel et bien bénéficier des aides promises. Plusieurs critères doivent donc être vérifiés tels que le paiement des cotisations sociales, l’exercice d’une activité en Wallonie ou encore être actif dans un des secteurs prédéfinis. Pour information, toutes les conditions sont détaillées ici. 

Parfois, la demande de renseignements complémentaires est nécessaire. Comme Laurence, 30.000 travailleurs ont reçu un mail leur demandant de compléter leur dossier, le 24 avril dernier. A l’heure actuelle, 13.660 dossiers ont été complétés. Les documents envoyés vont désormais être authentifiés avant qu’un paiement ne soit versé. "Une fois que l’entreprise a renvoyé les documents probants, le paiement est rapidement exécuté après leur validation.  Je ne peux donc qu’inviter les indépendants à renvoyer au plus vite leurs documents manquants", souligne Pauline Bievez.

55.00 dossiers reçus par le SPW Economie

55.000 dossiers ont été reçus par le SPW Economie après la mise en place de la plate-forme. Bien que la majeure partie des entreprises ait effectué ces demandes durant les jours qui ont suivi, certaines ne le font qu’à présent. Du 20 au 26 avril, 2.675 dossiers ont déjà été reçus par la Région wallonne. 

Au total, 518 millions d’euros ont été débloqués par la Région pour soutenir entreprises et indépendants. Après l’annonce d’une première enveloppe de 285 millions, le gouvernement a annoncé une aide supplémentaire de 233 millions le 22 avril dernier. Concrètement, ce plan baptisé "Get up Wallonia" prévoit une extension de l’indemnité à une série de secteurs. Peuvent également prétendre à cette aide, les garages, salles de spectacles, salles de sports et de loisirs, centres équestres et salles de cinéma, à condition de respecter les critères préalablement établis.  Parallèlement, une indemnité forfaitaire de 2.500 euros sera accordée à ceux qui ont vu leur activité substantiellement interrompue en mars et en avril et qui ont bénéficié du droit passerelle.

On prend les 5.000 euros mais ce n'est pas assez. 

Enfin un prêt ricochet d'un montant maximum de 45.000 euros et d'une durée maximale de 5 ans sera en outre accessible aux indépendants et aux PME qui ont besoin de trésorerie pour relancer leurs activités. 

Comme de nombreux travailleurs, Laurence espère que son entreprise pourra rapidement reprendre son activité. Du côté du matériel, des plexiglas ont été commandés afin de les disposer autour des caisses. Du gel a également été commandé. 

Mais les procédures imposées semblent difficiles à mettre en place. "Comment pourrait-on écarter un vêtement dès qu'il a été touché par un client? Nous n'avons pas beaucoup de tailles dans chacun de nos magasins et nous ne sommes pas beaucoup. Ça risque d'être très compliqué", souffle l'employée.

Le retour au travail s'avère cependant indispensable pour la survie de cette petite chaîne de magasins. "Une aide de 5.000 euros pour 8 points de vente, c'est rien. On les prend mais ce n'est pas assez", déplore Laurence. 

 




 

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